Nakoua Ressources
ThèseSociologieGéographie

Eloka-Té : Coopérative villageoise en pays Ebrié (basse Côte d'Ivoire)

Paul-Éric Chassard

1967
Français
124 min de lecture
Institut de Géographie Tropicale, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université de Bordeaux
NKA-CP-2026-ETC-THE-0086
Télécharger le PDF

HAL Id: tel-05131417

Submitted on 26 Jun 2025

HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific re-search documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or pri-vate research centers.

L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est des-tinée au dépôt et à la diffusion de documents scien-tifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés.

Distributed under a Creative Commons CC BY 4.0 - Attribution - International License Eloka-Té : Coopérative villageoise en pays Ebrié (basse Côte d’Ivoire)

Paul-Éric Chassard

To cite this version:

Paul-Éric Chassard. Eloka-Té : Coopérative villageoise en pays Ebrié (basse Côte d’Ivoire). Géographie. Uni-versité Bordeaux Montaigne, 1967. Français. ⟨NNT : 1967BORUL015⟩. ⟨tel-05131417⟩

Membres du Jury :

Marcel MERLE, Professeur, Institut d'études politiques de Bordeaux Georges BALANDIER, Professeur, Université de Sorbonne Gilles SAUTTER, Professeur, Université de Paris I Albert MABILEAU, Professeur, Université Montesquieu-Bordeaux IV. Université de Bordeaux

FACULTE DES LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES THESE DE DOCTORAT EN « GEOGRAPHIE »

Eloka-Té :

Coopérative villageoise en pays Ebrié (basse Côte d'Ivoire) Présentée et soutenue publiquement le 24 mars 1967 par Paul-Eric CHASSARD

Sous la Direction de Guy LASSERRE

"It ilS-

  • 6 2. *»^vt55«*5 TLR 9l3L(.e>l£?-

UWIVERSITH DE BORDEAUX

FACULTE DES LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES ANICE 1967

ELOKA-TE

COOPERATIVE VILLAGEOISE EN PAYS EBRIE

(BASSE COTE D*IVOIRE)

par

Paul-Eric CHASSARD

REMERCIEMERTS

Rous tenons ä dire notre reconnaissance ä tous les Ivoiriens qui nous ont apporte leur concours et nous ont aide ä comprendre leur pays | ils sont trop nombreux pour que nous puissions les oiter ici. Rous remercions en particulier, M. le Ministre de l 1 Interieur qui nous a liberalement ouvert l'acces des Archives Rationales de la RepuMique de C6te d'l-voire 5 M. le Sous-Prefet de Bingerville qui a Men voulu nous communiquer les dossiers de son administration sur la region d'Eloka § nous n'oublions pas notre vieil ami M. Blaise Agui, Directeur de l'Agence Ivoirienne de Presse qui nous a si sou-vent, et si affectueusement, offert 1 1

hospitalite de son domi-

cile d'Abidjan.

Rous exprimons notre gratitude et nos remerciements a nos maitres s M. Guy Lasserre, Professeur ä la Faculte des Lettres & Sciences Humaines de Bordeaux et Directeur de l'Ins-titut de Geographie Tropicale, qui a Men voulu accepter de parrainer ce travail et dont l'aide efficace nous a permis de mener a Men nos recherches sur le terrain § M. Marcel Merle, Professeur a la Paculte de Droit et de Sciences Economiques de Bordeaux, Directeur du Centre d'Etude d'Afrique Roire, qui, par son enseignement et ses encouragements renouveles, a contri-hue largement a notre formation et a l'eveil de notre goüt pour la recherche africaniste $ M. Albert Mabileau, Professeur a la Faculte de Droit et de Sciences Economiques de Bordeaux, Direc4 teur de Recherches au C.E.A.R., qui nous a Oriente avant m§me ce travail vers 1 T etude des problemes ivoiriens, nous dotant ainsi de connaissances et de conseils methodologiques dont nous avons pu tirer profit sur le terrain.

L'Office pour la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer (O R S T 0 M) a rendu possible notre sejour en Cote d'lvoire grace ä 1'attribution d'une allocation de recherches. Nous adressons nos plus vifs remerciements a MM, G. Sautter et G. Balandier, Professeurs ä la Sorbonne ; nous remercions M. Luc, Directeur par interim del'IDERT- 0 R S T 0 M en Cote d'lvoire, qui nous a heberge sur la station de l'OR STOMa Adiepo-doume et a favorise nos deplacements en mettant a notre disposition, a plusieurs reprises, materiel et vehicule necessaires | nous sommes reconnaissants egalement a M, J L.Boutillier, Directeur des Sciences Humaines de 1'OR STOMa Abidjan,de son aide et de ses conseils, M. Tournier, Directeur du Centre de Documentation Ivoirien (Ex. I F A N) a eu l'amabilite de nous preter un ma-gnetophone pour nos enquetes.

Rous remercions les services techniques du Ministere de la Cooperation qui ont assure notre voyage en Cote d'Ivoire nous exprimons notre reconnaissance en particulier a MM. Beis et Bonnot de la Direction de 1'Enseignement, ainsi qu'a M. Rene Hoffherr,President de l'A S A T 0 M, dont l'appui a ete precieux.

Toutes les sonnes qui figurent dans le texte sont exprimees en francs C.F.A. (Communaute Financiere Africaine)"

Un franc C.F.A. vaut 0,02 francs franqais.

INTRODUCTION

Afin d'illustrer notre essai sur le mouvement cooperatif en Cote d'Ivoire de 1959 a 19^5? nous presentons maintenant l'etudo d'un cas particulier s celui d'une cooperative agricole de village, Notre choix ne s'est pas porte au hasard sur une coope-rative, n'importe laquelle, mais au contraire nous en avons retenu une en fonction de la situation de la Cooperation a l'epoque et des caracteres offerts par la cooperative d'une part, de 1 1 emplacement

du village d'autre part.

La Cooperative en question peut etre consideree comme une application du modele retenu par les Autorites ivoiriennes et dont la generalisation devait faciliter 1'evolution du monde rural, II s'agit d'une cooperative agricole villageoise polyvalente, c'est-a-dire que ses membres sont des gens du village groupes a 1'occasion d'un certain nombre d'activites communes s production, commercial!-- sation, gestion d'un magasin de ravitaillement, Cette sorte de coo-- perative,' tres repandue au cours des deux premieres annees du niouve-" ment, est beaucoup plus rare au moment de notre etude (1964)» En fait, la plupart des cooperatives, agricoles et autres ont disparu ou n'existent plus que sur le papier (cooperatives-sta-tuts).

La raison principale de ces echecs se trouve dans la dis-- parition de 1'organisation de soutien 5 le Centre National de la Coo peration et de la Mutualite Agricoles (C N C M A) et les Centres de Coordination et de Cooperation Agricoles (C C CA) qui formaient le support de toutes les cooperatives de base. Une certaine desaffec-tion a 1'egard de la Cooperation a suivi, tant de la part des Au-torites que de celle des paysans. Le resultat c'est que seuls subsis-tent en I964 les Cooperatives dotees d'une vitalite exceptionnelle,

La Cooperative fait partio d'un village ebrie de la cir4 conscription de Bingerville.

D'un acces facile, puisque situe pres d'Abidjan, il n'etait pas indispensable d'avoir de puissants moyens materiels pour s'y installer : 1'existence de taxis-brousse assurant une liaison rapide avec la capitale ne rend pas obligatoire la posses4 sion d'une voiture 5 on y parle couramment le franqais. Et de plus sa position en bordure de la lagune, ä l'ecart des grands axes de communication presentait un avantage a notre point de vue 2 1'evo-lution des structures a ete moins rapide qu'ailleurs et il sera plus interessant d'y etudier la confrontation de cette institution moderne qu'est la cooperative avec 1 1

organisation sociale tradi-

tionnelle.

Dans notre etude principale nous avons aborde des ques-tions generates 2 1 1

alphabetisation et la formation cooperative, 1'importance de 1'infrastructure (aesserte des recoltes), le pro-bleme des debouches, la rentabilite de 1'organisation cooperativeo.. Cette fois nous etudierons a travers les activites d'une coopera-tive lesproblemes qui resultent de la confrontation avec les ins-titutions traditionnelles. Ainsi repondrons-nous partiellement aux voeux exprimes par Monsieur le Professeur Henri Desroche dans son (1) ouvrage : "Cooperation et Developpement" 7 dont nous extrayons le passage suivant 2

" Hous connaissons assez bien aujourd'hui les relations entretenues entre les messianisrnes precurseurs (avec leurs Christs Hoirs, leurs cultes du Cargo, leurs syncretismes hospitaliers ou agressifs) et leur acculturation dans les courants politiques d'independance na-tionale. On connait peut4etre moins bien ce qui se passe dans une structure coutumiere avec ses liens de parente, ses conjugaisons de famille etendue et de famille restreinte, son eventuelle polygamie, son double secteur economique collectif et prive, ses classes d'age et leur architecture, lorsque vient se plaquer sur eile comme dans un corps a corps une structure dite modernisee, que celle-ci soit administrative, technique ou sociale. II est difficile pourtant de tenir un tel arriere-plan pour nul«, annule ou meme annulable. Trop de labels (SMDR -

(1) Collection Tiers-Monde, PUP, 1964, p. 204

3 -

SM PR-SAP -

SI P) ont glisse sur

lui et il a des homologues dans la plus grande partie de la paysan-nerie mondiale". (Henri Desroche).

Le fait de presenter le probleme cooperatif sous 1'angle de 1 1

acculturation offre un inconvenient s il suppose que les ins-titutions du village sont connues et que 1'organisation du village a deja ete etudiee» Or il n'existe pas a notre connaissance, d'etu-de du milieu ayant pour sujet Eloka ou un autre village ebrie equi-valent.

Une partie de nos recherches a done porte sur l'organi-sation traditionnelle du village puisque celle-ci n'est pas separa-ble en fait du fonetionnement de 1'institution nouvelle representee par la cooperative. Des institutions comme la chefferie, les clas4 ses d'age vont jouer un role important dans la modification de no-tre structure moderne. Rien d'etonnant a cela, mais nous avions pen-se egalement a d'autres eventualites % la religion par exemple (r61e du harrisme en face d'une cooperative presidee par un catechiste catholique). Rous n'avons pu mettre en evidence que certains pheno4 menes parmi les plus marquants. A 1'inverse ? la cooperative ne res4 te pas neutre s eile joue un role important de disintegration de la societe. Elle accelere le mouvement deja amorce depuis longtemps ainsi quq le demontre fc, Köblien dans le "Planteur Noir"^''^ a propos des Agni et des Bete.

II n ! a pas ete facile de proceder ä un choix parmi les cooperatives qui subsistaient en 1964« Des visites (utiles pour no-tre etude generale) nous emmenerent dans l'Oue'st (region du cafe : Gagnoay Daloa) ? le ITord (Odienae, ICorhogo)y le Centre (Bouake). En4 fin, apres quelques prospections dans le pays attie notre at-tention se porta sur Eloka-te s village ebrie en bordure de la la-gune Potou. C'est done la cooperative villageoise d'Eloka-te qui fera l'objet de cette etude.

(1) Etudes eburneennes, V, I F A H, Abidjan, 1956, 190 p. .2) M. Sika Ahui vient d'y consacrer une etude dans le cadre de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes - op.cit.

4 -

( 1 ) C'est au cours de conversations avec Messieurs GÄBET v ' et CHOTARL, tous deux experts en cooperatives mis a la disposition du Gouvernement de la Cote d'Ivoire par le B I T, que nous avons entendu parier pour la premiere fois d'Eloka et de sa cooperative, lis avaient visite Eloka un an plus tot, soit en 1963. Nous les re-mercions ici des renseignements qu'il nous ont fournis, tant sur le mouvement cooperatif ivoirien en general que sur la cooperative d'Eloka.

L'installation proprement dite au village fut precedee de deux visites % la premiere au Sous-Prefet de Bingerville qui a la charge de 1'Administration d'Eloka, la seconde au Chef du vil-läge que nous nous proposions d'etudier.

La visite au Sous-Prefet avait pour hut, d'ahord de le mettre au courant de notre intention de nous fixer quelque temps dans un village de sa circonscription, et aussi d'ohtenir une pre-miere connaissance du village. Les archives de la sous-Prefecture se montrerent assez pauvres en ce domaine. La seconde visite avait pour ohjet le village lui-meme. II nous fallait maintenant 1'accord du Chef de village, et, autant que possible, la collaboration des cooperateurs. L'ahsence de chef de canton simplifiait la procedure.

Le chef nous re<jut avec une grande courtoisie, en compa-gnie des principaux notables, et sous l'apatam (sorte de gourbi de toles soutenues par des piliers de fer), Les formules de politesse epuisees, et apres avoir expose 1'objet de notre visite, le chef nous offrit spontanement une case et promit de parier de notre af-faire aux cooperateurs qui etaient absents. L'etude consacree a la cooperative d'Eloka-te a fait l'objet d'un sejour d'un mois (25 Novembre - 25 Lecembre 1964), au-

quel il convient d'ajouter une semaine passee en Janvier 1965« Arrive au village avec un materiel tres reduit, un pro-bleme se posait dont la solution pouvait avoir quelque consequence sur la qualite de nos rapports avec les villageois. En effet, nous etions sollicites a la fois par le chef du village et les coopera-teurs representes par les memhres du "bureau. Le Chef de village ne faisait pas partie de la cooperative et pouvait done se trouver en mauvais termes avec les cooperateurs. II y avait d'autre part un danger pour notre etude d'etre accapare par un noyau de coopera-teurs qui aurait sans doute tendance a nous masquer une partie de la realite. Aussi, dans 1'ignorance des relations existant entre les deux parties, et afin de menager les susceptibilites, nous ac- (1 )

(1) M. GÄBET mentionne la cooperative d'Eloka dans un article paru dans le Bulletin de Liaison du Ministers de 1'Agriculture et de la Coo4 peration, n°21, Septembre-Octobre 1963, PP« 16-24.

ceptames de loger chez le chef Benoit Namo. ' Par contre, nous

restions une partie de la journee parmi les cooperateurs, prenant Men souvent nos repas aveo eux.

S'agissant d'une enquSte sur le terrain, nous devions proceder par interrogation directe. Pour cela, des questionnaires avaient ete etablis a I'avance. Si celui destine a 1'enquete "budge-taire a donne des resultats assez satisfaisants, par contre celui qui devait §tre utilise pour la cooperative connut un sort moins favorable.

B'ahord, 1'echantillon utilise etait trop vaste s 1'en-semhle des cooperateurs (60) reunis pour les hesoins de la cause» Beaucoup ne repondaient qu'avec reticence, et ceux qui prenaient la parole le faisaient en ebrie : il fallait faire traduire apres les discours... D'autre part, les points de vue donnes en assemblee etaient trop souvent I'expression d'un sentiment collectif plutot que d'une opinion personnelle.

Les resultats furent plus interessants apres enquetes aupres des individus pris soit isolement, soit par petits groupes et en procedant ä des confrontations. Par exemple, nous profitions de la soiree pour interroger le chef et les notables, et dans la jour-nee nous suivions dans leurs travaux un petit nombre de cooperateurs Nous interessant de pres a ce qu'ils faisaient, la confiance etait plus grande, et il y avait toujours un moment -trajets, halte autour d'un canaride vin de palme-ou un dialogue avait toute chance de naitre» Les marches etaient longues : plus de quinze kilometres pour se rendre a la palmeraie en suivant les sentiers utilises par les cooperateurs 5 mais il en ressortait une vue directe des cho-ses. Ainsi par des detours«, on allait visiter un^ioula etabli dans les environs, un puits anciennement utilise, un cafe-brousse tenu par un'1| aoul® qui vendait du bangui aux planteurs... Tous les renseignements recueillis ne rentrent pas dans le sujet de la presente etude mais ont contribue pour une grande part ä notre connaissance de la region et de ses habitants. X

(1) Je remercie ici le chef Benoit Namo de ses attentions amicales-Mon souvenir et ma reconnaissance vont aussi ä Ml. Franqois, Jacques Lazare, Ilaire et Daniel et leurs families, aux cooperateurs et plan« teurs qui me temoignerent confiance et amitie.

6 -

X X

^ ,, h

90-

9 9

9 9

Etoy (-T t

o9 9

9 9/«¬^9VU ^ ^

/. ^ST

n* /<?

LES COOPERATIVES en 19 6 I

^LimtTe cacao

^^coopc RATfVE i0 ° i

3-^RB - COO pSRATlVE

u j

  • 8 -

      • L l HISTORIQUE DU VILLAGE

1> 1. 1, - LA DESCRIPTION DE BINGER

Eloka n'est pas un village unique mais un ensemble forme de deux villages distincts. Autrefois il n'y avait qu'un village, mais un dedoublement s'est opere a une oertaine epoque a la suite de oertains evenements. Aussi distingue-t~on de nos jours Eloka-te et Bloka-to. Eloka-to se trouve sur les bords-m§mes de la lagune Potou et Eloka-te un peu en retrait sur une piste qui conduit au village voisin Ebra (ou Abra).

La piste part de Bingerville, Chef-lieu de la circons-cription. II suffit de la suivre jusqu'a un carrefour, embranche-A«-

ment de la piste qui va a Eloka et celle qui rejoint le bao sur la lagune ebrie,

C'est au terme de longues peregrinations etablies par les Anciens de faqon incertaine que les Ebrie sont arrives a Eloka, lieu de leur fixation. Apres avoir ete chasses d 1 etablissements an-terieurs, ils auraient finalement obtenu le droit d'occuper une por4 tion de for§t a oet endroit, et ils y ont construit un village divi4 se, selon 1 1 habitude ebrie, en trois quartiers nommes atte, adjame et atto. C'est d'ailleurs de la defection de l'un de oes quartiers qu'est ne le deuxieme village a quelques centaines de metres du premier.

Eloka est probablement un nom recent donne pour designer les deux villages. Binger, dans sa description "du Niger au Golfe de (1)Guinee" v 'nous parle d'un village qu'il appelle "AloqoÜa", situe pres d'Abra et qu'il y a tout lieu d ! identifier a Eloka. Aloqoüa se trouve bien sur le bord m§me de la lagune car Binger nous parle des gens de 1'endroit, qu'il suppose a tort §tre des "Batoos" (M'batos), comme des "populations lacustres", des "pe-cheurs" ayant "fonde des colonies le long du Comoe, depuis la ri-viere Tossan jusqu'a Ono".

(1) P. 325

9 -

Plus loin il ajoute s "la traite de l'huile de palme se fait avec les Batoos, surtout sur le Comoe, a Aloqoüa et a Abra". II est facile d'imaginer que les magasins-flottants des factoreries accostaient aux deux endroits, le chenal se trouvant sur cette rive de la lagune. C'est d'ailleurs pres d'Abra que de- "bouchent les eaux de la lagune Potou et Aghien, et le chemin est facile ensuite, soit entre les lies Vitrie, soit le long de la rive gauche.

Rien n'est change maintenant puisque la goelette qui transporte les voyageurs et les marchandises vers Grand-Bassam em-prunte toujours la meme voie. Cette goelette s'arrete ä Eloka-to ainsi qu'a Ehra.

Binger n'est pas tres precis pour donner un nom aux po-pulations locales. II sait pourtant qu'Ehra ne fait pas partie du pays ebrie : "ce village avec quelques autres s'est detache jadis (1)de Grand-Bassam et forme une confederation ä part". Ehra est en effet peuple d'Abour6.

Binger croit les Ehrie heaucoup plus a l'Ouest, sans dou-te sur la foi des rapports de Lartigue qui appelle les gens de l'en-droit "Baloos". La confusion est legere puisque nous sommes sur la lagune Potou et que le village immediat au nord d'Eloka, M'hato Bouake est un village m'hato.

( 2) (3) Rous avons la un avant-poste ehrie s les Ehrie y sont plutot situes entre la Me et l'Agnehy, notamment le long de la la-gune dite ehrie (comme le village de pScheurs A^na tout proche d'Elo4 ka).

L'origine du village est difficile a etahlir de fa9on precise. Rous donnons en annexe une traduction du recit que nous a donne le chef d'Eloka-te a ce sujet.

  1. Binger, op.cit. p. 325

  1. Du^rey, op.cit. ä propos des migrations venues de l'Est, appelle les Ehrie Kyamas et les M'hatos Gwas II est certain que le nom-m@me du village s'est trans-forme ä la longue pour devenir ce qu'il est actuellement % Eloka. Eous avons vu que Binger a connu le village sous le nom d'Aloqoüa. Or, selon le chef Benoit Hämo, le village se serait d'abord appele Akoualo (forme de alo : partir, et de agou : champ d'ignames). Ces deux noms, Aloqoüa et Akoualo, sont tres proches et l'arrivee des Ebrie dans cette region ne pouvant remonter tres loin, il ne sem-hie pas utile de chercher une autre signification ä 1'appellation actuelle.

(3) Un rapport du 10 Octohre 1955 hu President de la Commission Per-manente de l'Assemhlee Territoriale adresse au Chef du Territoire P. Messmer donne : 12 304 Ehrie 13 628 Attie

10 -

La date d'arrivee des Ehrie en ce lieu est difficile ä preciser. Le chef Benoit Hämo raconte qu'ils sont venus conduits par un homme nomme Ehoua qui aurait ohtenu du chef d'Adjame ' (l*actuelle Bingerville) la possession de la foret Arnonyamein moyennant une redevance annuelle. Les Ehrie auraient defriche la foret et construit un village en hordure de la lagune,

(1)

        • LA SCISSION ; ELOKA-TE et EL0KA-T0

Le village d'origine Eloka, a donne naissance ä deux (2)

villages K

'distincts % Eloka-to et Eloka4te. La division du noyau originel a vraisemblahlement eu lieu en 1917» On sait que le chef du village s'appelait alors Yesso mais il est difficile de nos jours de determiner les raisons exactes de cette division, Les ha-hitants d'Eloka-te se souviennent d'une suite d'evenements qui au-raient pu etre les causes immediates. II est possible que des rai-sons plus profondes aient entranne la scission, Les raisons imme-diätes sont les suivantes s un conflit a oppose a un certain moment deux quartiers du village, le quartier atto et le quartier atte, places aux deux extremites du village, celui du milieu etant neutre. A l'origine, une femme nommee Assere qui hahitait atto et se prit de querelle avec un homme de son quartier Bedje. Le frere d'Assere, Hohoulouhe qui hahitait atte serait alors intervenu dans la que-relle en faveur de sa soeur. La palahre se serait generalisee au niveau des deux quartiers si Men que les gens d'atto seraient par-tis, soit de leur propre volonte, soit chasses, mais dans ce dernier cas on s'explique mal leur installation a deux cents metres du pre-mier village.

(1) cf. Duprey, op.cit., p. 31 "Un de leurs premiers villages fut Adjame". (2) Indiques tous deux sur la carte Michelin, alors qu'Ehra n'y figure pas "

11 -

Un nouveau village fut cree un peu en contre-bas (te, atte) d'oü le nom d'Eloka~te donne ä ce dernier village, tandis que le premier se differenciait par la terminaison to, Eloka-to, celui d'en-haut. Te et to indiquent alors le niveau du terrain, ils ont une valeur topologique.

II n ! est pas certain qu'il en soit de meme des deux quar-tiers atte et atto, en opposition. L'existence de ces quartiers cor-respondait plutot a une division sociale. Nous ignorons les rapports entre les deux quartiers en 1917? mais il est possible que l'un ait ete dependant de 1'autre. La meilleure hypothese serait alors que chaque quartier jouant un role a part, correspondant a un clivage \ social precis, les habitants passaient de l'un a 1'autre en fonc- ; tion de leur dge et de leur accession a un echelon social supe-I rieur. Atte et atto, aux deux extremites du village, auraient ete i alors dans un rapport de dependance. Ce qui est curieux, e'est que ce sont les gens d'atto qui ont dü partir, e'est-a-dire ceux qui \

j habitent le quartier le plus haut, et dans notre hypothese du pas-sage d'un quartier a un autre, le quartier oü l ! on termine sa vio et qui est done superieur, Cela explique peut-etr qu'ils aient pu V

I s'installer tout a cote, Peut-etre y a4»*t-il eu a ce moment affai-blissement de la coutume. L'intervention de Eobouloube do atte en faveur de sa soeur contre un homme de atto symbolise-t-elle une re-mise en cause du pouvoir des anciens par les jeunes, ou marque-t-eile une revolte d'un quartier contre une decision prise par un \ autre ?

Une chose est certaine, e'est qu'a cette epoque il y a eu un probleme de succession pour la chefferie. Ce n'etait pas la premiere fois puisque deja au chef Eboua, qui payait la terre au roi d'Adjame, avait succede apres des troubles son porte-canne Afran Uankon. Or, nous savons maintenant qu'en principe la succes-sion d'un chef est automatique, puisqu'elle se fait de classe ä

classe, dans 1'ordre. Yesso etait niando et Eankon blessue, alors que les successeurs des niando sont les dougba. Une querelle est-eile nee afin de faire respecter ce principe de succession ? Ce n'est pas impossible.

        • LES RAPPORTS EETRE LES DEUX VILLAGES

Lorsquo l'on demande aux habitants d'Eloka-te ce qu'ils pensent des gens d'Eloka-to, ils mettent volontiers 1'accent sur ce qui les rapproche. Eloka-te et Eloka-to restent en depit du pas-se qui les a divises "freres et soeurs" 5 ils sont "le haut et le bas de la calebasse" selon 1'image utilisee par les villageois. En effet, conscients d'avoir une origine commune et lies par la parente, ils ont pu eviter les heurts trop violents, mais m6me de nos jours un certain antagonisme subsiste. Ainsi, a propos de l'ecole : il n'etait pas possible de construire deux ecoles, une pour chaque village, L'Etat offrait le service de 1 1

enseignement, les villages devaient se mettre d'ac-cord pour construire les bätiments. On y arriva apres bien des dif-ficultes. Et chose etrange, les enfants qui se retrouvent sur les bancs d'une m§me classe ? et dans la cour de l'ecolej ne partici-pent pas aux m§mes jeux une fois a l'exterieur. Certaines ceremonies rapprochent les deux communautes. (1) Ainsi lorsqu'il y a des funerailles v y dans l'un des villages, il est frequent qu'une delegation de 1'autre s l y rende, surtout si le

mort etait un personnage important.

be mgme, les p^cheries collectives qui reviennent ä peu pres tous les trois ans se deroulent avec la participation des deux villages reunis pour la circonstance.

Au moment du lancement des cooperatives, chaque village voulut creer la sienne. Mais celle d'Eloka-te connut un succes plus grand grace sans doute ä la presence d ! elements jeunes, ins-truits et dynamiques.

(1) II semble a ce propos qu'Eloka-to, le premier village, ait da-vantage conserve les traditions ebrie. Encore que les danses exo cutees lors de funerailles auxquelles j'ai assiste, etaient des danses "Gouro", enseignees par des etrangers.

Recemment, le Gouvernement expropria quelques terres ap-partenant aux deux villages. Chacun reagit de maniere differente : Eloka-to demanda un remboursement en argent, Eloka-te qu'une por-tion de terrain plantee en palmiers lui soit attribute en cpmpen-sation.

14 -

      • LA POPULATION ET L»ORGANISATION POLITIQUE DU VILLAGE

1, 2. 1. - LA POPULATION

Eloka-te est a environ quarante kilometres d 1 Abidjan,

dans la subdivision de Bingerville. Bingerville, qui a ete promue au rang de capitale de la CSte d 1 Ivoire par les Franqais, apres Grand-Bassam et avant Abidjan, s'appelait primitivement Adjame, ville ebrie. Actuellement, lorsque l'on parle d 1 Adjame o'est pour

designer l'un des quartiers populaires d'Abidjan qui fait concur-rence a Treichville.

C'est a Adjame -

devenue Bingerville -

que les Ebrie

d'Eloka demanderent 1 1 autorisation de s'installer sur 1'emplacement d'une forSt. lis furent refoules jusque sur le bord de la lagune par les Ebrie et lutterent contre les Agni de Bettie« La fordt a maintenant disparu et les relations aveo Bingerville d'abord, Abid-jan ensuite, sont devenues tres etroites. Le developpement de ces deux villes a joue un grand röle dans l'economie du pays ebrie. Beaucoup de cultivateurs ont ete attires par la ville, d'autant plus qu'ä Abidjan se trouve une forte oommunaute ebrie qui favorise le passage de la campagne a la ville. Cet exode a ete accelere par la "'rarofaotion et 1 'dfcauvrissement des terres dans cette zone ou le taux d'occupation-du sol est l'un des plus importants de Cote d'l-voire.

Par contre, si un certain nombre de villageois a ete at-tire par la ville, ses commodites, un mode de vie different, en contrepartie il y a eu afflux d 1

"etrangers" dans les villages pro-

ches des villes comme Bingerville et Abidjan, A notre avis, les deux phenomenes sont lies dans une cer-taine mesure.

Ces "etrangers", appartenant a d'autres horizons de la CSte d'lvoire : Baoule, Gouro, Dida... ou bien issus de la confre-rie des Dioula, ont subi la mSme attirance pour Abidjan. Mais d*une part, ils ont pu dans certains cas juger qu'il etait plus facile pour eux de trouver du travail dans la campagne avoisinante, comme f

15 -

V ^ S ^ ete effectue depuis la suppression de l'impot de capitation» ^ r

te, et en accord avec d'autres estimations, il y aurait actuelle-b \ment environ 1 900 habitants pour Eloka-te. manoeuvres en particulier, et d'autre part leur fonction economique les predisposait parfois ä s'etablir dans les villages de la Basse-Cote t c'est le cas des Dioula qui ont vocation ä commercialiser les produits agricoles et font du colportage ä partir d'un village ou ils se sont fixes souvent avec leurs femmes qui occupent egalement des fonctions cornmerqantes $ c'est le cas egalement des Attie qui viennent tenir dans les villages ebrie des boutiques de consomma-tion.

( 1)Voici pour Eloka-te v

'le tableau de sa population pour

trois annees (ces chiffres trouves dans les papiers de la sous-prefecture sont livres avec les reserves d'usage). 1938 s 1941 : 1952 I '

" "

" "

j ,

1 a

57? j 683 ; 909 *

Ces chiffres mettent en evidence un exode rural imp ortant, ' v TTn autre facteur a dü compter : la mobilisation du temps de guerre \ 1939-1945* Oes villages de Basse-Cöte ont en principe fourni un lot important de militaires s il est caracteristique que l'un des fils du chef Benoit Namo soit un militaire de carriere, ayant participe aux campagnes d'Indochine et d'Algerie,

Nous ne possedons pas de statistiques recentes permet-tant de fixer le taux de population d'Eloka. Aucun recensement n'a V J

En revanche, selon M, Danho qui fait office de catechis- \J Une partie importante de la population vit ou travaille a Abidjan, mais conserve des relations etroites avec le village, Les visites, dans les deux sens, sont tres frequentes, sans que la parente ou l'amitie en soit la cause unique : elles sont favorisees par des besoins economiques reciproques (fournitures diverses, ali-mentaires principalement),

(1) Pour Eloka*-to, a des dates correspondantes, la population aurait ete s 1938 : 294 - 1941 t 275 - 1952 : 772,

16 -

    1. 2, - LA RELIGION

Notre approche de la religion, toute superficielle qu'elle soit, a ete aisee ä cause des manifestations nombreuses et du rituel apparent de l'un des cultes. Plus de la moitie du village est harriste« (1) Le harrisme^ 'possede un magnifique temple, tout etince-lant de ses couleurs vives, au centre du village et reunit une foule considerable les mardi, jeudi et samedi soirs, jours du culte, ainsi ( 2 ^ qu'a certaines fStes (comme la fßte de purification du nouvel an)* L'importance de ce syncretisme Chretien est comprehensible puisque nous sommes en pleine "zone de conversion" harriste. D'autre part, nous ne sommes qu'a quelques kilometres de Bregbo oü M. Atcho \ grand prophete de la religion, opere ses guerisons "miraculeuses". Le succes de ce syncretisme est dÖ. en bonne part a 1'africanisation du culte et ä un melange de croyances anciennes et de prescriptions chretiennes habilement consenti. Chaque ceremonie commence ainsi : un groupe de fideles, hommes, femmes, enfants en blanc, va chercher les pretres ä leur domicile, puis remonte le village vers le temple en chantant et en jouant de la musique, pendant que le carillon ap-pelle les fideles eloignes.

Les catholiques sont moins nombreux mais possedent ega-lement un edifice pour le culte. Iis seraient environ quatre cent cinquante, principalement des femmes et des enfants. Seuls une tren-taine d'hommes du village seraient catholiques 5 les autres travail-lent ä Abidjan, mais leur action est loin d'etre nulle : ils parti-cipent regulierement aux frais du culte. En 1964, ils procedaient ä 1'installation d'une maison destinee ä heberger un pretre qui devien4 drait ainsi sedentaire. Dans l'attente de ce pr§tre, M. Franqois Dan4 ho, devenu catechiste apres des etudes a Bingerville, dit la messe en ebrie.

(1) du nom de son fondateur W.W.Harris, venu dts> t b Z T1 &3 convertir les populations de Basse-Cote d'Ivoire vers 1910. Ses "principes" etaient les suivants s brüler les fetiches, autoriser la polygamie mais avec une egalite de traitement, un clerge africain, 1'amour du prochain.

(2) Cette f§te meriterait d'etre etudiee plus ä fond. Par exemple, l'u4 tilisation de plantes qui font mousser et 1'aspersion des enfants a l'aide de rameaux me semble proche d'un culte plus ancien decrit par M.Niangoran Bouah. (3) cf. le beau film de Jean Rouch : "M .Albert, prophete".

_

17 -

Sa jeunesse, son intelligence et le fait qu'il echappe ä l'analpha-betisme, enfin 1'ascendant que lui donne son role de catechiste sur une partie du village, l'ont fait choisir comme President de la coo-perative.

Les deux communautes vivent en "bonne intelligence et col-la"borent meine ä 1' occasion : au cours de festivites, par des echan-ges de "boissons, danses etc., contributions financieres.

1o 2. 3o - LA SCOLARITE

Une ecole commune aui deux villages recueillei^ les en-fants d'age scolaire. Mais a peine construite, eile semble deja trop petite et refuse des eleves qui doivent se rendre ä Bingerville et a Abidjan.

L l

enseignement est assure par un instituteur, qui fait office de Directeur d'ecole, assiste de moniteurs. Le Directeur est un "etranger" (Gouro) tandis que sa femme est "Dida". Tous deux ont adopte le mode de vie europeen s costume de ville, voiture, sorties a Abidjan, et considerent les paysans locaux avec une certaine auto-rite. L'ou une mefiance accrue par les problemes de contingentement. Cette situation prive malheureusement le village et la cooperative d'un soutien moral et intellectuel important. La femme du Directeur a installe une petite cantine qui obtient un succes appreciable de la part des parents dont les enfants peuvent se nourrir ä 1'ecole a faible prix s pain, pStes... Malgre la modicite des prix, la cantine fait l'objet de depenses regulieres de la part des parents d'eleves. Voici trois chefs de familie t MM. Ilai-re, Daniel et Frangois. Chacun envoie ä 1'ecole au moins un enfant s Daniel 4? Ilaire 2, Frangois 1. Iis ont remis a leurs enfants du 25 Novembre au 4 Decembre (il s'agit de Francs C F A) : 25 Uovembre : Frangois : 15 F.

Ilaire : 30 F.

Daniel i 75 F.

27 Uovembre % Ilaire 1 15 F.

Daniel : 75 F.

28 Uovembre s Ilaire t 20 F.

1er Decembre : Daniel : 25 F.

18 -

2 Decembre : Ilaire : 25 F«

4 Decembre : Daniel : 75 F.

    1. 4« - L»HABITAT

L'ecole a ete construite au carrefour d'Elokate et d'Elokato pour la raison deja invoquee que les bätiments scolai-res sont communs aux deux villages. Mais cela rornpt I'harmonie par-ticuliere a chaque village ebrie. En effet, les bätisses d'un villa-ge ebrie (assez semblable en cela aux villages attie) sont d'habitu-de serrees les unes contre les autres. L'eglise et le temple har4 riste sont sur oe point conformes ä la presentation classique s in-clus dans le village, le long de la rue, ou de la piste, avec en arriere plan les dependances qui disparaissent deja dans la banane-raie. II n'existe pas de place publique ou les maisons s'installs4 raient en rond autour d'un edifice, mais une piste toute droite et des deux c6tes, parallelement, les maisons. C'est ä cause de cette disposition que les villages ebrie prennent une forme etiree, en Ion-gueur, d'oü leur nom de villages-rue.

A notre avis, cela presente un avantage et un inconve-nient. L 1

avantage c'est que le village tres etroit est protege par le rideau d'arbres qui vient jusque sur les maisons. De meme toute la vie se passe ä l'abri de la maison qui masque la rue, c'est-a-dire dans la cour interieure. D'ailleurs on communique avec les voi-sins directement ou en passant par la bananeraie. Mais ce sont la des consequences, la cause reside probablement dans la facilite a decou-per le village en tranches, en quartiers, dont nous verrons que c'est un aspect important de la vie sociale ebrie. L'inconvenient c'est qu'au moment des pluies le ravinement peut §tre tres important: les eaux suivent la rue et attaquent les cases fragiles en banco. D'oü des profils souvent extremement ravines. Eloka-te semble y echapper gräce a des sols tres sablonneux.

Les maisons sont de deux sortes et figurent des epoques differentes. Les unes sont de simples cases, construites a la maniere ancienne, c'est4a4dire une armature de bois sur laquelle l'on appli-que le banco (pise). Les toits sont recouverts de papos. Les autres sont des maisons en dur, ä 1'europeenne, et temoignent de la richesse de leur proprietaire. La plus coquette appartient ä un fonctionnaire qui travaille a Abidjan et eile presente cette particularity d'etre cloturee.

  • ~

En fait, la comme ailleurs, l'habitation joue un role important : eile situe son proprietaire dans 1'organisation sociale. En majorite, ces maisons datent de la belle epoque oü les cours du cafe et du cacao augmentaient sans cesse. Depuis, les cours ont baisse % on a cesse de construire. Mais le desir de posseder une bei# le maison est toujours vivace, comme le temoignent les tas de par# paings dresses pres des cases et abandonnes aux intemperies parce que leurs possesseurs n'ont plus assez d*argent pour faire construire. Le chef de village a innove : pour differencier son ha# bitation des autres, il a fait peindre sur la fagade, en couleurs vives, une gigantesque femme (genre pin-up publicitaire) ainsi que quelques.... dessins geometriques.

A l'interieur des habitations, le mobilier europeen s chaises, tables, buffets, lits, tend ä remplacer les objets tradi-tionnels. Le chef possede m§me un immense frigidaire ä petrole qui ne fonctionne plus mais sert de coffre-fort. A propos des tresors fa# miliaux, les Ebrie ne les enterrent pas et ne les cachent pas dans une partie du lit d'argile selon la methode baoule, mais ils les en# ferment a cle dans des coffres en bois sous la surveillance des an-cStres.

Enfin, les femmes se sont converties ä la vaisselle et aux ustensiles de cuisine europeens : recipients en fer ou en matiere plastique. Les beaux plateaux ebrie en bois sculpte destines a rece# voir l ,n attieke" ont disparu ou sont ranges dans I'armoire aux sou-venirs, avec les manilles et le tabouret qui etait l'insigne du rang.

        • L'ABSENCE D'ORGANISATION POLITIQUE SUPERIEQRE

Chez les Ebrie, de meme que chez les Attie, il n'existe pas d f

organisation politique superieure j cantons et royaumes comme par exemple chez les Agni du Sud-Est frontalier, ou cantons seule# ment comme chez les Bete ä 1 ! Quest du Bandama. "Historiquement ces populations n'ont jamais connu d'organisation territoriale centrali-see et les chefs de village ont ete les seuls notables ä detenir une (1) autorite quelconque sur les chefs de famille en temps de paix". ' Cela confere au peuple ebrie une structure originale, tres souple oü 1'appartenance a une masse humaine de m§me origine 1'empörte sur une organisation tres hierarchisee. II n'est pas cer-tain qu'il en a toujours ete ainsi. Les recits font etat de liens de dependance vis-a-vis de 1'ex-Adjame (aujourd'hui Bingerville) qui aurait pu §tre une capitale ebrie, sans que nous sachions si les rapports d'Eloka avec Adjame n'etaient pas plutot bases sur la pro-priete de la terre : Eloka aurait eu la permission d'utiliser des terrains determines moyennant une redevance annuelle. L'avantage de ce manque d*organisation politique supe-rieure, c'est qu'elle evite la naissance de certains conflits s chefs de village -

20 -

chefs de canton -

rois, si frequents par ailleurs et

qui sont un veritable frein au progres. La pratique a montre en ef-fet que partout oü en^oTfe d'Ivoire les villages etaient rattaches a des chefferies superieures, 1*attitude de celles-ci au moment de la creation des cooperatives a ete, soit d'y faire obstacle, soit de les annexer purement et simplement. Le moyen etait l'obtention du poste de President de la Cooperative. Le cumul des deux fonctions : chef de canton par exemple et President de la Cooperative favorisait les manoeuvres louches, les detournements d'argent (le credit agri-cole devenait alors subvention politique). Le Professeur Rene Lumont (2) donne un exemple caracteristique avec la Cooperative de Jackville dans le Sud de la Cote d 1 Ivoire.

L'autorite reste done 1'autorite interieure au village, celle du chef de village qui agit directement sous le contröle de ses concitoyens pres desquels il vit. Et ceci bien que la chefferie actuelle, pour Eloka et pour de nombreux villages, soit une emanation de 1'Administration coloniale.

(1) Affaires politiques - 828/AP- 10 Octobre 1955 - President de la Commission Permanente de l'Assemblee Territoriale au Chef de Terri-toire M.P. Messmer. (2) in Cahiers Tiers Monde, 1961, p. 127.

21 -

" La chefferie aotuelle est une pure creation de 1'Administration franqaise et ne remonte d'ailleurs pas au-delä de 1929". II y eut cependant deux tentatives de creer une organi-sation politique ebrie. La premiere fut la creation du canton des lagunes par 1'Administration franqaise. En 1929? Antonin Dioulo fut nomme chef du canton qui comprenait plus de soixante-sept villages et un nomhre indetermine de campements. Mais a la mort d'Antonin Dioulo, il n'y eut pas de remplaqant de nomme. La deuxieme c'est la demande des notables attie, en 1955? creer des petits cantons dans la subdivision de Bingerville. L'echec fut total dans les deux cas.

(1)

Actuellement, Eloka est rattache a la sous-prefecture de Bingerville ä 1'administration de laquelle il est soumis. Le recru-tement du corps prefectoral se faisant essentiellement parmi les '(2)Baoule^ ? nous sommes autorises ä conclure ä un controle politique des villages ebrie par le sous-prefet de Bingerville. Encore con-vient-il de limiter l'etendue de ce pouvoir politique exerce par 1'Administration s elections, nomination des chefs de villages... En temps normal? le sous-prefet n'intervient que rarement? par exem-pie pour regier des conflits entre villages. La plupart du temps? son r81e reste purement administratif"

Au village, 1'influence du pouvoir est plutot ressentie par 1'intermediaire du Parti.

        • LE COMITE DE VILLAGE DU P D C I

Le parti, c'est exclusivement le Parti Democratique de Cote d'Ivoire ^(P D C I), d'abord section locale, puis section na-tionale du Rassemblement Democratique Africain (R D A), issu lui-m§me de l'ancien syndicat des planteurs ivoiriens cree en 194-6 par le President Houphouet-Boigny. Ayant tire sa puissance de la mobilisation de ses militants du temps de la periode coloniale : lutte pour l'abo-lition du travail force, pour 1'emancipation politique..., il s'est (1) Affaires politiques /828/AP -

op.cit.

C(2) Ethnie la plus importante de C8te d'Ivoire : 600.000 membres env installe au pouvoir avec 1'Independance et s'y est consolide par la disparitioÄ^des autres partis,

(3) cf. notre etude sur les partis du conseil de 1'Entente.

22 -

Au niveau du village le P D C I intervient de deux fa- 90ns : la vente des cartes, le comite de village. Chaque habitant de plus de dix ans doit posseder la carte du P D C I. Cette carte, rendue obligatoire depuis la suppres-sion de l'impot de capitation, outre qu'elle symbolise l'union de tous les nationaux, permet l'acces des Administrations. Les cartes sont placees au village en fin d'annee. Les "strangers" eux-mgmes : Mossi, Dioula, n'y echappent pas. Des requi-sitions, frequentes sur les routes, font qu'en general, on hesite (2)

peu devant cette depense. '

Ainsi, un habitant du village nous informa, fin novem-bre, qu'il avait pris la sienne la semaine precedente, mais qu'il ne 1'avait pas encore payee. II avait dü se rendre a Abidjan ou il craignait de tomber sur un barrage de police qui lui aurait donne une amende s'il n'avait pas ete en mesure de presenter sa carte du P D C I. Or la carte vaut 200 Francs C F A, et 1'amende 600. En principe, le Parti est represents dans les villages par des comites de village.

A Eloka-te, c'est en Mai 19^3 qu'il fut procede a l'ins4 tallation d'un bureau et d'un comite d'environ vingt membres. La liste en avait ete dressee par des militants venus d'Abidjan et en-suite soumise a 1'approbation du chef de village. II ne semble pas que le Comite se soit Signale par une activite debordante. En fait, quelques reunions eurent lieu, a caractere plutot economique que politique : vente de la production, questions de subventions.... sans que jamais on dressät de proces-verbal de seance.

(1) On ne parle pas en Cote d'Ivoire de parti unique, mais de parti so-litaire. La distinction est attribute ä M. Philippe Yace, President de 1'Assembles Nationale et repose sur ce qu'il n'est pas interdit lega-lement de creer un nouveau parti, mais que les faits : unanimite au-tour du P D C I, manque de moyens materiels... rendent peu probable la naissance d'un pluripartisme en C6te d'Ivoire. (2) cf. l'enqu^te budgetaire-III 0 partie.

23 -

Le Comite a rapidement rencontre des difficultes au vil-läge : en tant que structure nouvelle il g§nait le chef de village qui y voyait une concurrence a son autorite. Par contre, il interes-sait fortement les jeunes ä qui il offrait une possibility nouvelle de se faire entendre et de s'affirmer dans le village. Seulement, les Anciens y prirent tres vite l'avantage et l'interet des Jeunes disparut. lis quitterent alors le Somite. T. (35 ans) ancien secre-taire-adjoint declare s'etre retire parce que le Comite comprenait essentiellement des Anciens et que les Jeunes, bien qu'ils sachent lire et ecrire, en etaient ecartes, L'actuel secretaire general est un fonctionnaire travaillant a Abidjan et qui ne vient au village que de temps en temps.

Le parti et son echec dans le village ne sont pas sans presenter certaines analogies avec le probleme pose par la coopera-tive. Tous deux d'origine exterieure, ils forrnent des essais d'orga-nisation du paysannat, l'un pour l'interesser a la politique, 1'autre aux questions economiques. Tous deux transplantes dans un milieu don-ne -

village ebrie 4

apparaissent comme des agresseurs soumis a des , reactions diverses, II est evident qu'en dehors de toute question na4 tionale, Parti et Cooperative sont adoptes par les Jeunes en reac-tions envers les Anciens qui detiennent le pouvoir et dont I'adapta-tion au monde moderne est plus lente.

24 -

      • LA VIE ECONOMIQUE ET LES STRUCTURES SOCIALES TRADITIONELLES

V5^

L'economie du village repose principalement sur l'agri-culture. Certes les Ebrie n'ont pas manque d'utiliser les ressources fournies par la lagune, toute proche, et les poissons fournissent une part abondante de leur nourriture. Mais alors que la population auginentait la peche se faisait moins abondante et les villageois ont dü travailler davantage la terre pour obtenir un complement de nour-riture. Puis, l'economie de subsistance s'est transformee ä la faveur des divers echanges : tribus africaines et commergants afri-cains, factoreries europeennes...

Actuellement, chacun au village pratique l'un apres 1 ! autre ou simultanement : agriculture, p§che et commerce.

  1. 3« 1. - L»AGRICULTURE

Traditionnellement tourne vers 1'agriculture (l'origine du village tend ä faire des Ebrie d l Eloka des agriculteurs venus du Nord) les villageois en tirent les produits de base de l'alimenta-tion : manioc, igname, ainsi que les ressources issues de la vente d'une partie des produits agricoles.

Cependant, les conditions naturelles et les methodes culturales ne sont pas les meilleures : aussi la terre est-elle rare et s 1

epuise-t-elle rapidement. Lea,-^structures agraires presentent de graves inconvenients. La Wrcellisation^es terres est plus impor-tante qu'ailleurs. II s'ensuit'un~gäspillage et une perte de temps eleves. Le travail agricole est peu organise et reparti entre les hommes et les femmes 5 ces dernieres consacrent une bonne partie de leur temps aux travaux des champs 5 les hommes s'occupent plus volon-tiers des travaux penibles, abattage, dessouchage... Chez les jeunes, le travail agricole correspond frequemment a des prestations four-nies plus ou moins gratuitement ä certaines categories sociales s chef du village, Anciens, pere, oncles, beau-pere. La plupart du temps il s'agit d'un travail individuel : 1'agriculteur va passer la journee en brousse, sur sa parcelle, muni simplement d'une matchette. Ou bien il va surveiller ses manoeuvres.

25-

Parfois le travail devient oolleotif : entr'aide familiale, travail des hommes sur le terrain communautaire. Mais la tendance est plu-tot a 1 1 individualisme bien que subsistent des vestiges d'organisa-tion collective du travail : classes d'age surtout. Le sol s'epuisant vite, les cultures sont souvent plus longues que prevues. Le manioc, qui est l'un des produits de base, demande huit ä neuf mois de culture si la terre est bonne, un an si eile est mauvaise.

Le manioc est largement consomme sur place. Ceci sous deux formes : l ,M attieke" qui est de la farine de manioc. Autre-fois on l'obtenait en pilant le manioc dans des mortiers (travail des femmes). Maintenant les femmes le concassent dans un broyeur mecani-que loue a un policier. Le salaire est verse en argent, non en nature et est proportionnel a la quantite broyee. Cette farine servie gene-ralement avec du poisson ou de la viande de chasse est assaisonnee d'buile de palme.

  • le "foutou", fait de manioc pile et de banane plantain ecrasee. L'ensemble donne une pate qui, agrementee de pi-ments, remplace notre pain et se mange avec du poisson, de la viande ou du poulet.

L'autre qualite du manioc, c'est qu'il se vend tres bien surtout a Abidjan ou son prix modere le met ä la portee de tous. II devient done pour les villages producteurs une source de revenus im-portante.

L' autre produit vivrier , dont 1 'auto-consommation est egale au manioc est 1 1

igname. II en existe deux Varietes s l'une qui est precoce : cultivee en Janvier-Pe-vrier, et recoltee en Juillet.

1'autre dite tardive (bla-bla) est cultivee de Janvier ä la fin Mai et recoltee en Octobre. \Cette .

tubercule, dont la culture demande des soins at-tentifs (culture en buttes) est egalement vendue en partie. L'exis-tence des deux varietes, precoce et tardive, permet d'etaler la vente sur une periode plus grande ; Juillet, Aoüt, Septembre pour la variöte precoce 5 Novembre, Decembre pour la variete tardive. L'utilite du palmier a huile est multiple. Aussi le res-pecte-t-on lorsqu'il est place sur une parcelle, plantation de cafe ou de cacao. Les femmes en prennent les fruits, qui ecrases donnent une huile rougedtre qui sert parfois de luhrifiant mais plus souvent ä 1 1 assaisonnement des plats. Fortement consotnmee, eile se vend tres bien, d'apres des cours fluctuants : 125 F. le litre, 100 F., 75 F. ou 50 F.

26 -

Pour les hommes, son inter§t est de fournir le bangui, vin de palme, qui n'est autre que la seve que l'on recupere en inci-sant l'arbre. Fumee et fermentations distinguent les crus. Vendu au litre, son cours varie de 10 F» ä 15 F., selon la loi de l'offre et de la demande. Ceci pour l'espece sauvage. La tendance est au develop-pement de la culture du palmier selectionne, dont les rendements se-raient accrus par l'emploi d'engrais et de methodes appropriees, et qui serait susceptible de transformer l'economie des villages, L'in-troduction en a ete faite a Eloka-te dans le cadre limite de la coo-perative. Elle pose des problemes, mais eile peut devenir dans quel-ques annees une source de revenue importante, surtout si les cacao-yeres ne rapportent pas davantage.

Le jcacap, introduit vers 1932, a permis des enrichisse-ments rapides comme en temoigne la construction des maisons en dur. Le planteur en retire encore de 1'argent au moment de la traite : Aoüt, Septembre, Octobre ou de la traite intermediaire ; Mai, Juin, Juillet. Mais c'est un revenu irregulier et les planteurs se trou-vent souvent en difficulte au moment de la soudure. De plus, les plantations sont en mauvais etat et d'une importance tres moyenne s avec 61 personnes, nous arrivons a une moyenne de 3,21 ha., soit 15,45 ba. pour la plus grande parcelle, et 0,75 ha. pour la plus pe-tite, ce qui est inferieur au pays Agni par exemple. Pour les ame-liorer, il faudrait proceder ä des regrouperne nts et envisager la ne- (1) cessite d'une action püjytosanitaire comme ä Alepe^ y oü la Societe d'Assistance Technique et de Modernisation de la C6te d'Ivoire (SATMAC I) dispose du personnel et des moyens suffisants.

(1) Au Nord, en pays attie.

27 ~

Enfin, il faudrait apprendre au planteur ä ne pas laisser les ca-bosses pourrir sur place, ni ä les vendre trop tot, au fur et ä me-sure des besoins d*argent.

Le cafe n'est presque plus cultive ä notre epoque : la disparition de la foret a entraine une cvi ^oeation trop rapide de l'humidite, facteur defavorable pour cette culture d'un rapport me-diocre sur des mauvaises terres : moins de 300 kilos a 1'hectare contre 550 kilos dans certaines regions (une fois de plus il faut tenir compte des methodes culturales archaiques, les plantations trop vieilles...).

L'elevage fait completement defaut. II n'y a chez les Ebrie d'Eloka ni caprins, ni bovins. Aucune tentative n'a ete faite jusqu'a ce jour bien que l'idee en ait ete lancee ä propos de la cooperative, Nous formons des espoirs dans le developpement de la culture du palmier a huile selectionne qui, chaque plant etant gril-läge, pourrait permettre une association culture-elevage. En attendant, le peu de viande provient de la chasse en forSt et pres des marais : civettes, guibs harnaches pour ce que nous avons vu.

Le manque de proteines animales est pallie par la p§che.

1.3» 2, - LA PECHE

La p§che requiert une attention toute speciale de la part des Ebrie depuis qu'ils se sont installes dans cette region de lagu-nes. Eloka-te n'echappe pas a cette regle et il se trouve niSme dans une situation privilegiee puisque le flux et le reflux se font sen- ("]) tir dans cette portion de lagune 'entrainant des mouvements de poissons : on y peche d'ailleurs cette grosse crevette rose qui en-tre souvent dans la composition du "foutou". Leur role de pecheurs est atteste par 1 ! absence des pe-cheurs ashanti venus du Ghana et que l'on retrouve plus au Word dans des villages si caracteristiques, notamment dans l'Indenie sur le Comoe (pres de Bettie). Contrairement aux Ghaneens qui construisent leurs pirogues avec des planches clouees, les Ebrie ont des piro-gues d'un seul morceau, taillees dans un tronc d'arbre. Les tech-niques sont multiples, depuis la nasse jusqu'aux pieges a poisson demandant souvent une collaboration nombreuse. La pdcherie la plus spectaculaire et la plus interessante est sans aucun doute celle qui a lieu tous les deux trois ans. C'est certainement l'une des activites les plus anciennes des villa-geois d'Eloka et dont les formes se sont conservees au cours des temps. Elle suppose que certaines conditions soient remplies s calendrier, periode faste ou nefaste, fin des preparatifs. Le de-lai de deux ou trois ans entre deux pecheries collectives s'appuie sur des croyances anciennes, mais derriere, il y a certainement la necessite de donner au poisson le temps de se reproduire. La pdcherie s'etend sur plusieurs mois : les prepara- (1) tifs sont tres longs et demandent une mobilisation tres grande de la main-d*oeuvre. On peut juger de la nature ancienne de cette pra-tique par la collaboration etroite qui unit les deux villages Eloka-te et Eloka-to en la circonstance, alors que dans d'autres domaines il est si difficile de realiser l'unanimite. Les populations entie-res j participent. Et on assiste ä l'abolition de la difference en-tre agriculteurs et pecheurs. De nos jours, a Eloka-te, certains habitants se consacrent presque exclusivement a la peche. Mais per-sonne n'ecarte vraiment cette activite de son domaine j ainsi il est frequent qu'un planteur au retour de ses champs parte pour la peche afin d'ameliorer son menu. Certains pratiquent done la peche ä ti-tre principal et meritent d'etre appeles pecheurs, les autres a ti-tre secondaire, 1 1

(1) pour m ? y Stre souvent baigne, je peux assurer qu'elle est salee et qu'un courant rapide passe devant Eloka.

28 -

agriculture restant leur premiere activite. Mais tout ebrie est fondamentalement pdcheur ainsi que le montre la pe~ cherie collective.

Aussi, le poisson a-t4il toujours tenu une grande place dans 1'alimentation. L'enquete budgetaire l'indique avec nettete : le poisson est consomme sur place et son insuffisance entraine des sorties d'argent abondantes. Si le poisson manque dans un village de pecheurs traditionnels, c'est sans doute parce que la lagune n'en produit plus suffisamment. Mais il peut y avoir des causes supple-mentaires. La premiere, c'est que 1'habitude de p§cher s'est atte-nuee. L'introduction du cacao a fait decouvrir une source de riches-se plus importante a une epoque. Les pecheurs auraient alors decou-vert le travail agricole comme activite essentielle, delaissant leurs occupations favorites. La deuxieme tient a des raisons histo-riques. Notre hypothese repose sur deux choses s des recits faits par des Anciens du village $ 1'importance d'Ebra et surtout que les femmes aboure viennent vendre leur poisson a Eloka-te. Les luttes des Ebrie avec les Agni (prinoipalement ceux de Bettie) auraient abouti a une defaite de ceux-ci. Les vaincus auraient ete obliges de pecher pour les Ebrie. Be meme 1'installation des Aboure ä Ebra (a supposer qu'elle soit posterieure a Eloka), sinon, leur main-tien dans le lieu actuel, ne s'explique que par certaines conces-sions i ils auraient du fournir Eloka en poisson. On raconte a Elo-ka que les Agni ayant refuse de pecher pour les Ebrie seraient re-f 1 )

(1) Les preparatifs expliquent en partie le retard apporte a la p§che eile4m§me ; d'abord fixee debut Janvier, puis repoussee en Ifers. Ce decalage de la date prevue m'a empeche d'assister a la peche.

29 -

partis en empoisonnant un puits. '

Toujours est-il que maintenant

les Aboure d'Ebra se presentent comme des pecheurs ayant une reputa-tion assuree et dont les femmes viennent vendre le poisson a Eloka-to. Mais les besoins ne sont pas satisfaits pour autant. Et les fern-mes ebrie vont acheter du poisson fume ou seche ä Grand-Bassam, a Bingerville et a Abidjan.

Description de la p£cherie (figure precedente) : on dres-se une barriere (axe AB) en travers de la lagune, sur un tiers envi-ron. Cette barriere est forrnee de rachis de palmiers fendus dans l'epaisseur et tresses entre eux avec des lianes. Dressee verticale-ment, eile est fixee dans le sol par des piquets. Elle s 1 avance jusqu'au milieu d'une enceinte de m§me na4 ture et ouverte de chaque cote aux points C et D. La barriere permet le passage de 1'eau mais retient le poisson porte par le courant as4 cendant et 1'oblige a penetrer dans 1'enceinte (cote D).

(1) Le Chef Benoit Namo m'a emmene sur 1'emplacement presume de ce puits.

30 -

Inversement, le poisson du courant descendant rentre du cote C. Une fois ä l'interieur de 1*enceinte, le poisson se ra~ bat sur les angles ou sont dresses des pieges dont il ne peut res-sortir et oü les pecheurs vont le chercher sans difficulty.

        • LE COMMERCE

On est en mesure de penser que prealablement ä toute forme moderne de commerce -supposant une monnaie-a existe dans les villages ebrie une economie de subsistance laissant une certaine part au troc s echanges entre individus d'une m£me collectivite, echanges entre villages voisins, tribus voisines, puis avec les Eu-ropeens (magasins-flottants).

A cette phase elementaire, caracterisee par l'irregula-rite des echanges, a succede une periode d ! echanges reguliers lors-

que les Dioula installes dans les Etats voisins se sont aperqus que la Basse-C6te etait riche en cola. Les premiers axes se sont ainsi developpes ä partir des marches du Niger, donnant naissance aux pre-miers embryons de villes, comme Bouake, ä la limite de la foret et de la savane. Les Dioula ont pris 1'habitude de frequenter les vil-lages du sud au moment de la traite de la cola et ils apportaient le sei, l'or, des tissus (l'or a dü §tre echange bien avant l'arri-vee des Dioula avec les Agni et les Baoule pour les besoins des tre-sors familiaux).

Des monnaies sont apparues : perles, graines (comme l f a~ wale maintenant utilisee comme pion pour certains jeux de damiers), coquillages. Les Portugais ont introduit les manilles ^ (il n'est pas rare d'en retrouver ä Eloka).

(1)

Mais l'essor du commerce date surtout de la Colonisation franqaise et de 1 1 introduction des cultures industrielles s la pos-sibilite d'acquerir des revenus importants est apparue en m§me temps que se creaient des besoins nouveaux.

Peu ä peu, s'est opere le passage d'une economie de sub-sistance avec troc a une economie monetaire de type moderne sans que l'on puisse affirmer que l'on soit arrive tout ä fait a ce stade. Les Dioula se sont adaptes : ils ont conserve le mono-pole de la cola qui n'interesse pas les Europeens, mais ils l'ache-tent desormais, au lieu de l'echanger. Et surtout, ils se sont glis-ses dans le commerce du cafe et du cacao, servant d'intermediaires entre les maisons europeennes et les producteurs africains, gräce a leur reputation d'habilete dans les entreprises commerciales, et aussi a leur connaissance des paysans africains, A Eloka, ils se sont installes ä demeure (une dizaine) "bien support es par une~"popu-^~ lation hospitaliere qui a hesoin d'eux. Ils achetent la cola, le ca-fe et le cacao^La cola sera revendue, selon les cours, a Bamako ou ä Dakar. Ils vendent la pacotille europeenne dont les Ebrie ne peu-vent plus se passer, et les riches pagnes baoule et ghaneens. Dans les periodes difficiles 4soudure4 ou ä 1'occasion de certaines fe4 tes traditionnelles : mariages, funerailles, ils pretent de 1'argent, souvent a des taux usuraires, ce qui ae traduit par un appauvrisse-ment relatif du paysan et surtout une dependance de plus en plus grande vis-är-vis du Dioula aupres de qui les paysans s'endettent sans que les cours actuels du cacao et du cafe leur permettent l'espoir de s'acquitter un jour. Un autre facteur important du developpement du commerce a Eloka, c'est la naissance et la croissance des villes s Grand-Bassam, Bingerville, Abidjan, qui sont proches et apparaissent comme des villes4marches. Les femmes s'y rendent regulierement par voie navigable pour Grand-Bassam, par routes (le nombre des taxis-brousse augmente) pour Bingerville et Abidjan. Elles vont y vendre les produits vivriers j manioc, ignames, huile de palme et elles en profitent pour acheter oe dont elles ont besoin : du poisson mainte-nant qu'il fait defaut, du sei, poivre, tomates, etc... Et apres une journee passee en ville, elles rentrent au village avec de l'argent, des produits, et aussi des informations de toutes sortes qui seront livrees ä leurs parents et amies.

(1) petite barre de bronze arrondie en forme de AWc,

31 -

Ainsi s'installent des courants d'echanges nouveaux, d'une ampleur jamais atteinte.

Autre chose, et qui semhle particulier aux Ebrie : c'est l'ouverture dans les villages Ehrie (notamment ä Eloka-te) de magasins d'approvisionnement (plus simplement des boutiques) tenus par des Attie. Dans 1' etat an tu^L~-4e-s--4fte^cs-_i 1 np .qßmlilß pan pops-i~. ble^qu 1 un Ebrie puisse ouvrir un magasin dan a rqti p^p-^ mn ago , Aussi ce sont des "etrangers" qui viennent s 1 installer. Les Attie se trouvent dans une zone juste au Nord du pays ebrie et un certain pa-rallelisme d 1 institutions explique que les relations entre les deux peuples sont bonnes.

Actuellement, deux magasins a Eloka-te sont tenus par des Attie qui vivent au village sans que cela semble gßner les uns et les autres. La difference est grande avec les Dioula qui restent entre eux, differencies dans leurs costumes et leur religion alors que 1'osmose entre Ebrie et Attie semble possible, sinon facile.

1« 3. 4» - L*EXODE RURAL

Les echanges se sont acorus avec les villes, Abidjan et Bingerville. Mais il arrive que les villageois partis pour la ville ne reviennent pas, ou ne reviennent que provisoirement afin de re-voir leurs parents, L'exode rural a fortement touche les villages de la Basse4Cote qui se sont vides d'une partie de leur population atti ree par le faste de la ville (cinemas, magasins, plaisirs multiples) les emplois nouveaux et mieux remuneres encore qu'aleatoires. En fait, cet exode a pris surtout la direction d'Abidjan plutSt que celle de Bingerville plus proche, capitale declassee et qui ne re-tient guere qu'un petit nombre de fonctionnaires. Les departs ont, sans aucun doute, ete favorises par 1 Implantation a Abidjan d'une forte colonie ebrie qui s'y trouve depuis la naissance de la ville et qui a su s'y faire une place. Ainsi, l'un des quartiers populai4 res d'Abidjan, Adjame, est-il peuple en majorite d'Ebrie. Ces Ebrie d'Adjame reqoivent les nouveaux venus, les aident ä trouver un em4 ploi, leur offrant ä 1'occasion un toit et une hospitalite qui sait £tre si totale.

-.33 -

Cette "detribalisation" a touche principalement les jeu-nes qui s'adaptent mieux a des conditions de vie nouvelles. Ce sont egalement les jeunes qui supportaient assez mal la tutelle des An-ciens et des families dans une societe dont la structure sociale se sert surtout des jeunes au profit des Anciens. II y a done eu une fuite devant des liens sociaux astreignants et qui ne reconnaissent pas la valeur accordee generalement ä ceux qui savent lire et ecrire. Une autre motivation importante reside dans la remuneration du tra-vail agricole et les structures agraires. Nous nous trouvons dans une region ä forte croissance demographique et qui possede un taux d' occupation du sol tres eleve s 29 jo* Pratiquement, cela se traduit par des parcelles de plus en plus petites ä cultiver (cacaoyeres sou-vent inferieures a 1 ha), des sols qui s'epuisent vite et une rare-faction des terres qui determinent les jeunes a partir pour aller ten-ter leur chance ailleurs.

Cet exode rural revdt une particularity : les ponts ne sont pas totalement coupes entre celui qui travaille a la ville et le village natal. Les distances sont faibles et par consequent les visites nombreuses. II arrive que I'on confie ses enfants aux parents restes au village. Mais les visites familiales se doublent d'un as-pect economique : celui qui revient au village apporte de 1'argent et de plus en plus soutient sa famille par des dons en nature. A Elo-ka-te, certains produits essentiels ont tendance a manquer s banane, poisson... L f "exile" volontaire rapporte ces produits des marches d'Abidjan economisant ainsi a sa famille le prix d'un trajet en taxi-brousse. En contrepartie, il emportera des ignames, du manioc, du bangui...

Toutes ces liaisons avec les villes ont entralne une pro-w "

fusion d'entreprises de taxis : voitures legeres, mille kilos, qui representent un investissement sür. Le chef B. Uamo a le premier don- > ^ If

ne l'exemple en achetant deux mille kilos qui partent le matin avec leur chargement de passagers et de marchandises pour rentrer tard dans la soiree.

34 -

II est difficile,, faute d'enquete ä ce sujet, d'etablir avec preci-sion les emplois occupes par ces "exiles". Un certain nombre occupe des postes de moniteurs, petits fonctionnaires, employes de commerce. On note quelques militaires et aussi un fonctionnaire plus important qui a eu le desir de se faire construire au village une petite villa ou il vient passer les week-end en compagnie de sa femme et de ses enfants"

Mais tous ces gens qui sont partis du village et n'y re-viennent que de temps a autre , presentent, malgre leurs attaches personnelles, une difference avec les villageois sedentaires : ils echappent desormais a 1'assujetissement ordinaire aux structures so-ciales traditionnelles, Partant, ils contrihuent, dans une certaine mesure, a 1'effritement du tissu social.

    1. 5* - LA CHEFFERIB, LE CONSEIL DES ROTABLES, LES QUARTIERS

A l 1

oppose de ceux qui ont choisi de vivre ä la ville, les villageois sedentaires restent soumis aux regies sociales tradi-tionnelles dont les institutions sont les garants. La premiere de ces institutions demoure la chefferie. Le chef du village r est toujours le personnage le plus important, celui qui attire le respect quelle que soit sa conduite. C'est litteralement le "pere du village" (Akoube-nte, de nte le pere par opposition a man la mere - l'oncle

maternel se dit nte-ko ou encore ko4ko). Le prestige dont il est en-toure, il semble le tenir principalement de la faqon dont il est elu : il est en effet 1'emanation d'une classe, celle qui se tient au pouvoir pendant une certaine periods. L'arrivee au pouvoir d'une nouvelle classe determinera le choix d'un chef parmi celle-ci. La chefferie actuelle est exercee par M. Benoit Namo, qui fut nomme le 5 Avril 1948 paimine decision de 1'Administration, ( 1) apres avoir ete elu "a l'unanimite des suffrages" ' en remplacement

de M. Akandan Akomian demissionnaire. La maison du chef tient un role important puisque c'est dans sa cour que se reUnit le Conseil des notables, en particulier lorsqu'il est constitue en Tribunal.

(1) Decision n° 24 CA du 5 Avril 1948- Administrateur en chef des colonies Abel.

35 -

Le chef de village est assiate d'un conseil de notables forme de membres de sa classe (la classe au pouvoir : les tiagba), ainsi que de representants d'une autre classe : celle qui est desti-nee ä lui succeder. Ainsi le conseil des notables comprend actuel-lement des tiagba et des blessue. En tout dix personnes : six tiagba et quatre blessue.

Normalement ? le conseil des notables devrait compren-dre vingt-quatre personnes. En effet, la procedure est la suivante j la population designs dix tiagba et dix blessue. Les dix tiagba choisissent ä leur tour quatre blessue. Les blessue ont done la ma-joriie au conseil des notables s quatorze blessue contre dix tiagba. En principe, existerait done un certain controle de la classe au pouvoir par la suivante.

Pourquoi les dix tiagba choisissent-ils quatre blessue plutdt qu'un autre nombre ? L l

explication est juridique. Autrefois

le conseil etait plus reduit. La population, dans notre hypothese, aurait elu huit tiagba et huit blessue. Les huit tiagba auraient eu le droit de choisir en plus des huit blessue elus la moitie, soit quatre blessue eupplementaires. Autrefois le conseil comprenait done vingt personnes : huit representant la classe au pouvoir et douze la classe suivante.

Sans doute y4a-t-il l'idee de donner un frein ä la clas-se au pouvoir. Mais n'oublions pas que les decisions sont prises par le chef de village et qu'en fait e'est toute une classe qui de-tient le pouvoir. Aussi peut-on supposer que par la composition du conseil on facilite ainsi 1'apprentissage du pouvoir ä la classe qui est chargee d'assurer la succession.

L'autorite centrale appartient done au chef de village seconde par le conseil des notables. Mais ce n'est pas la seule et ä l'autorite centrale correspond une division du village en quar-tiers. II faut remarquer ici que la forme-m§me du village, tres al-longee, se prete facilement a un decoupage en tranches ou quartiers (akrokou). On distingue trois quartiers ä Eloka-te et qui portent des noms differents s atte, en bas -

adjame, au milieu -

agbanhin,

l'extremite ou atto, en haut.

36 -

II sernble que cette division et les noms qui s'y atta-chent soient cominuns ä tous les villages ebrie. Un role particulier aurait ete attribue ä chacun de css quartiers" ITotons qu'adjame (le quartier central) c'est aussi la place publique, le lieu oü sont reunies les asseinblees de village (voir le croquis qui suit)» II y a done coincidence entre le nom de ce quartier et la fonetion de pla-ce publique. A Eloka-te, la case du chef se trouve dans l'adjame et c'est en face d'elle que se reunit 1'assembles. D'apres les recits, il semble que cette constitution de quartiers ait eu un rapport avec 1'organisation du travail au sein du village, chaque quartier inter-venant a tour de role pour des travaux d'ensemble. Actuellement, les villageois habitont indifferemment dans l'un ou 1'autre quartier. Mais chaque quartier est commande par un chef (akrokrott-nte) nomme parmi les plus anciens par le chef de village. C.'est un delegue du chef de village dans le quartier. II intervient princi-palement dans le reglement des litiges survenus entre membres du ine-me quartier. Mais il existe un deuxieme degre, devant le chef du village.

Un habitant d'Eloka-te est done plus ou moins soumis ä l'autoritd de son chef de quartier ainsi qu'ä celle de la chefferie. Mais 1'organisation sociale ne s'arrete pas lä. Elle se complique par 1'existence de clans , classes et sous-classes dans lesquels chaque individu est inclus et qui le definissent dans la societe.

        • LES CLAN'S, CLASSES ET SOUS-CLASSES

Chaque individu appartient a une categorie i clan, classe et sous-classe qui, reunies, contribuent a la formation de la struc-ture sociale.

A/ Les clans :

En premier lieu, 1'individu appartient au clan de sa mere, lequel determine le mode de filiation. Le nombre de ces clans mater-nels a varie a Eloka-te. R^cemnient, semble-t-il, leur nombre s'est trouve reduit de sept a cinq.

37 -

Les sept clans maternels s'appelaient :

1°~ lokoman

2°~ godouman

3°4 tchadoman (ou Djadoman)

4°- akouedoman (ou Kouedoman)

5 °- gbadoman

6°4 abromando

7°4 afiedoman

Les deux derniers, abromando et afiedoman, ont disparu. Ainsi chaque individu est marque d'abord par 1'appartenance au clan de sa mere (mere = man que I'on retrouve dans chaque denomination de clan). Si, par exemple, le pere de T. est lokoman et sa mere akouedoman (ainsi que 1'oncle maternel, ko-ko), T. lui-mgme est akouedoman. II heri-tera de son oncle maternel. IIa is il habitera avec son pere (patrilo-calite). En fait, et selon les observations relevees a Eloka, l'en-fant ira habiter chez son oncle maternel si la place vient ä manquer chez son pere ou si l'oncle vient a mourir. Si T. se marie avec une femme tchadoman, leurs enfants seront tchadoman# Ceci est exprime par le graphique suivant s (tchadoman) 0 = &

tchadoman

A

(akouedoman) 0

|= A

A

T.

A tchadoman

akouedoman

A homme = alliance

0 femme f / fraternite B/ Les classes :

38 -

La sociabilite de 1 1 individu ne se reduit pas a son ap-partenance a un ou plusieurs clans (clan maternel - clan paternel).

L'ensemble des membres de la societe se repartit en quatre classes s 1°4 tiagba

2°- blessue

3°- niando

4°~ dougbo

Mais la distribution entre les classes se fait cette fois en fonction de 1'appartenance du pere a telle ou telle classe. Ainsi 1'enfant ap-partiendra automatiquement a une classe differente de celle de son pere, mais qui lui est liee.

1

tiagba

2

blessue pere

niando dougbo fils

Les niando sont les fils des tiagba. Be m§me que les dougbo sont les fils des blessue«

Toutefois, dans 1 ! ordre social, les classes s'entrecroi-sent.

(tiagbablessuei

niando \

dougbo /

Chaque couple pere4fils est separe. L f explication donnee par les Ebrie de l 1 existence de ces classes intermediaires est qu'il faut eviter les conflits possibles entre deux classes qui se suivent. Les fils ne peuvent combattre leurs peres.

Ceci nous amene ä considerer les relations entre classes. Chaque classe est dependante de celle qui la precede. Un fils niando dont le pere est tiagba sera soumis a la tutelle de la classe blessue. II faut supposer que le role imparti a cette classe intermediaire est un röle d'education sociale.

39 -

L'initiation de chaque classe se termine par une ceremonie, ä 1'issue de laquelle la classe ainsi "appelee" voit ses membres at-teindre le niveau d'adultes sociaux. A partir de ce moment, ils joue-ront un role vraiment actif dans la societe et notamment ils pourront intervenir lors de l'Assemblee de village qui groupe les classes M ap-

pelees".

Cette ceremonie est marquee par la danse n'se bi ou danse des hommes (utilises egalement a d'autres occasions, f§te de Noel, (1) lors des funerailles; 'en cas de perdition en fo-ret). Cette danse ne se fait plus a Eloka-te, mais est toujours en vigueur a Eloka-to. La derniere initiation, celle des blessue, a eu lieu en "T941 " ^es tiagba, l'actuelle classe au pouvoir, avait ete "appelee" en 1917« Quant aux niando et aux dougbo, il est prevu que leurs deux classes soient appelees en m§me temps, vers I968. En attendant, les membres de ces deux classes "non appelees" se trouvent dans une posi-tion d 1 inferiority par rapport aux tiagba surtout, aux blessue en-suite. Nous verrons que cette circonstance est a l 1 origins de quelque

difficulty de fonctionnement de la cooperative. II reste un vieux dougbo Sge de 86 ans, "appele" en 1906. Quant aux anciens tiagba, le dernier serait mort en 1923, peu de temps done apres l'arrivee au stade adulte des jeunes tiagba, debut d I-un nouveau cycle.

Une classe possede son chef en propre. Mais le chef du village est issu d*une olasse dite "classe au pouvoir". Cette classe fournit une partie des notables. Chaque classe se succede ainsi au pouvoir. En partant des tiagba qui possedent actuellement le pouvoir, nous avons : les tiagba, les blessue, les niando, les dougbo. Si par consequent cette regle de succession automatique est respectee, le prochain chef devrait §tre un blessue.

(1) Lors de funerailles a Eloka-to, j f ai pu assister ä une danse n'se bi. II s l agissait, en fait, d'une danse gouro que des "etrangers" avaient enseigne aux Ebrie. Au n'se bi correspond le n'mie bi, ou danse des femmes.

C/ Les sous-classes z

Chaque classe est elle-mgme divisee en sous-groupes ou sous-classes ä l'interieur desquelles les membres se repartissent en fonction de leur äge.

Les sous-classes sont au nombre de quatre z 1°- diebou

2°- dougba

3°~ agban

4°- assoukrou

Classes et sous-classes se recoupent done pour donner z sous-classes classes

diehou tiagba blessue niando dougbo

dougba it it it it

agban u ii it tt

ässoukrou ti it n it

Chaque sous-classe a un chef. Ce chef porte le nom de tapronian (capitaine).

Le tapronian etait choisi autrefois en fonction de ses qua lites viriles et guerrieres. II s'agissait d'un veritable chef de guer re ? charge de defendre le village ou de porter la guerre a l'exterieur a la t§te de sa compagnie dont les membres lui devaient obeissance abs lue.

Actuellement encore, les tapronian conservent le symbole de leur pouvoir : une hache de guerre (afran) et ils sont entoures d'un grand respect. Pour §tre tapronian, "il faut un homme dur, capa-ble de tout reussir". Le tapronian n'est-il pas doue, en plus, d'un pouvoir surnaturel puisqu'il est "invulnerable, capable de voler par-dessus les maisons" ?

41 -

Les entreprises guerrieres ont disparu. Aussi le role des sous-classes apparait-il plus volontiers a 1'occasion des travaux agri coles et chaque fois que la collectivite a besoin d'une main-d'oeuvre nombreuse. C'est cette fonction economique qui avait ete remarquee par (1)R. Bouscayrol^ , ä 1'occasion de la culture du palmier ä huile. Chaque sous-classe intervenait ä 1*occasion d'une tache determinee. Le tra-vail se repartissait ainsi depuis les jeunes ä qui incomhaient les travaux penibles jusqu'aux plus ages auxquels revenait le commandement Les sous-classes sont plus ou moins nombreuses. Aussi le tapronian se fait-il aider par des adjoints j pour les diehou, dougba et agban, il ne possede qu'un adjoint | mais pour les assoukrou, grou-pe le plus nombreuXj il en a deux.

Description de la reunion publique (adjame) du 16 Decembro 19^4 s Le tapronian (capitaine) joue un role important ä l'inte-rieur du village, Le prestige dont il est entoure repose a la fois sur ses qualites physiques et morales, Homme extraordinaire, il doit servir d'exemple. Et lorsque d'aventure il vient a manquer aux re-gles de la societe, il s'agit d'un crime grave qui merite d'etre sane-tionne.

C'est ce qui est arrive ä l'un des tapronian d'Eloka-te qui, en Hovembre 19^4? Lut surpris ä travailler dans ses champs un jour prohibe par suite d'un enterrement, Ayant enfreint la coutume, il fut cite ä comparaitre devant l'adjame (assemblee) pour y repon4 dre de son delit,

L'adjame avait aussi a examiner d'autres questions : la pecherie collective, dont il fallait fixer la da-te et commencer les travaux,

4 le probleme scolaire s un certain nombre d'eleves s'etaient vu refuser l'acces de l'ecole faute de place. Fallait4il les envoyer ä Bingerville ? Les parents protestaient contre l'exi4 guite des bätiments.

II est a noter au cours de cette adjame, la repartition des groupes des deux cotes de l'allee centrale, face a la maison du chefj et par classes. Seuls le tapronian mis en accusation et le griot charge de la police de l'adjame, se detachaient de leur classe d'origine. Les plus nombreux etaient les dougbo qui, bien que "non appeles" assistaient comme temoins muets ä la reunion alors que les jeunes niando etaient absents. Ensuite veriaient les blessue, les tiagba et les vieux dougbo. II y avait aussi un vieux niando qui s'etait place avec les dougbo.

(1) op.cit.

44 -

      • L'ORIGINE DE LA COOPERATIVE

INTRODUCTION

A Eloka4te, comme ailleurs, il n'y a pas eu vocation spon4 tanee a la cooperation. Les raisons essentielles en sont 1'emprise du milieu ainsi que 1'analphabetisation.

C'est pourquoi l'origine de la cooperative est exterieure au village. Creee en 1961, la cooperative a cependant eu des prece-dents. Etj puisque nous somrnes chez les Ebrie, pourquoi ne pas par-ler des cooperatives de peche que 1'on rencontre ga et la le long de la lagune ebriei II est vrai que cette forme de cooperative demande des moyens plus faibles que la cooperation agricole et que le pois-son n'est pas soumis a l'etroitesse de marche que connaissent par exemple les legumes. De plus, il n'est pas besoin d'un encadrement permanent. Toujours est-il que les Ebrie, mSme ceux du village d'Elo-ka4te (il n'existe pas de cooperative de peche a proximite) ont pu connaitre, si simplifiee soit4elle s cette forme de cooperation. Mais c'est surtout dans les efforts de 1'Administration coloniale qu'est nee la cooperation.

        • LA SOCIETE INDIGENE DE PREVOYANCE DE BINCERVILLE

II fut cree a Bingerville, de m§me que dans chaque subdivi sion de Cote d'Ivoire ? une Societe Indigene de Prevoyance ayant pour objet "d 1 aider dans l'inter§t commun, au developpement des cultures, de l'elevage, de la recolte et de la preparation des produits agrico-les et de cueillette, ainsi que de 1'amelioration des conditions dans lesquelles ils s'effectuent 5 de venir en aide par des secours tempo4 raires, a ses adherents pauvres, gravement atteints par les maladies, les accidents ou les fleaux naturels 5 de permettre a ses societaires, par des prets annuels ou ä long terme, en nature ou en argent, de main tenir et de developper leurs cultures, d'ameliorer ou d'augmenter leur outillage ou leur troupeau 5 de contracter des assurances contre les accidents ou les sinistres | de consentir eventuellement des prets a ( 1 ) d'autres societes de prevoyance"# Nous ne savons que peu de choses sur cette S.I.P. qui ne semble pas avoir ete tres difference de ses semblables. Institution d'autorite, eile etait soumise ä la volonte du commandant de cercle. II paraitrait toutefois qu'une tentative de creer des cultures marai-cheres ait connu un certain succes, quoique momentane t melons, radis, tomates, salades...

(1) Article 2 des Statuts de la S.I.P.

45 -

En l952pAous savons qu l elle comptait t 14 634 adherents qui payaient chacun 75 F. de coti-sation, soit au total t 1 1üü oOu f.

  • un personnel fixe j un secretaire comptable, un me-canicien, deux chauffeurs, le materiel suivant s deux camions, sept machines a decortiquer le cafe.

Son activite se resumait ä ceci s de nombreux transports par camion 5 le traitement du cafe, Au 31 Decembre 1952, il y avait en caisse s 552 923 F. Mais sa rentabilite n 1 etait pas assuree par suite de frais d'essence et d'entretien trop eleves. Et surtout, parce que les camions seront utilises pour des operations autres que celles re-levant de la S.I.P, II y a, a cette epoque, confusion entre le budget de la S.I.P, et le budget local, ou si I'on prefere, le budget de la S.I.P, etait devenu une "annexe du budget du cercle". Par exemple, les camions serviront au transport des pri-sonniers, des gardes, des travailleurs de la route, aux travaux de voirie.."

II est interessant de voir que la mauvaise utilisation des camions : operations non rentables, detournement de l'objet de ces ve~ hicules, sera apres 1959 l'une des raisons de l'echec du mouvement cooperatif tel qu'il avait ete defini sur des bases nouvelles. Les C.C.C.A., corame les S.I.P. auparavant, vont avoir un prix de revient trop elevd.

La S.I.P. de Bingerville fut dissoute en Novembre i960.

(1) Rapport politique 1952 - R.Jansolin - Archives Nationales.

4-6 4

  1. 1, 2» 4 LE CENTRE DE COORDINATION ET DE COOPERATION AGRICOLES

A partir de 1959> les Centres de Coordination et de Coo-peration Agricoles (C.C.C.A.) vont, en CÖte d f Ivoire, prendre le re-

lais des S.I.P. et des S.M.P.R.

Mais leur optique va §tre tres differente. Les S.I.P. avaient pour objet l'interSt general, ce qui peut expliquer 1'absence de coinptabilite ainsi que la confusion des fonctions de la S.I,P. et *

Celles de la Subdivision. T -'~b j?rti f jpp C.C.C.A. va gtre l'am eliora-t ion de la -production. Toutefois, leur role sera restreint puisqu'ils s'occuperont surtout de commercialisation. k

'

"

i

¥

En resumant, on peut dire que les C.C.C.A. ont oeuvre dans trois directions : la production, par des prestations diverses : con-seils en matiere d'agriculture, fournitures de semences, d'engrais, etc...

la commercialisation des produits : le probleme est important puisque 1 1 amelioration de la production n'est concevable que dans la mesure ou est garanti au producteur un gain proportionne a l 1 effort fourni. En cette matiere, le C.C.C.A. entre en concurrence avec les intermediaires "traditionnels". Dependant du Centre National de la Cooperation et de la Mutualite Agricoles qui se charge de la vente des produits ä Abidjan, le C.C.C.A. fait figure d'intermediaire nouvelle mode, mais dont le but est d'assurer aux paysans le juste prix de leurs produits (prix legal + ristourne de fin d'annee dans le cas des cooperatives).

le credit agricole. Le C.C.C.A. devient alors un relais de la Caisse Nationale de Credit Agricole. Son role sera dou-ble i instruire les dossiers de demandes de prets | faciliter le rem-boursement des emprunts en retenant les sommes correspondantes sur le montant des recoltes.

Disposant d'un personnel numeriquement peu important et de moyens limites, un C.C.C.A. ne pouvait envisager une action d'en-vergure que dans la mesure ou existait en face de lui un paysannat deja organise. Aussi, ces organismes se sont-ils efforces de susciter partout oü ils se trouvaient un vaste mouvement de creation de coope-ratives de "base,, les coiffant pour ainsi dire, au chef-lieu de chaque subdivision (54 pour 1'ensemble de la C6te d'Ivoire). Cree en 1961 (quelques mois apres la dissolution de la S.I.P.), le C a C«C 6 Ao de Bingerville a lance immediatement, ei®£onscription ? une action de propagande en vue de la formation de 1 cooperatives agricol es. A cet aspect, il se trouvait dans une posi-tion privilegiee puisque, d'une part il pouvait faire venir facile-ment des cadres d'Abidjan (C I C M A -

47 -

Ministere de 1'Agriculture), et

d f autre part Bingerville se trouvait dtre 1'emplacement du Centre de Formation Cooperative, d'ou une püblicite accrue. L'inconvenient etait que, geographiquement, la region ne se situe pas exactement dans la zone du cafe et du cacao, endroit de predilection des cooperatives ä partir du moment oü elles vont §tre axees sur la commercialisation des produits riches. L 1 initiative est done venue,pour les cooperatives ratta-chees a Bingerville, du C.C.C.A. lui~m§me. Cet elan venu d'en haut, sans prendre ses racines dans le village, fait douter de la capacite du paysannat, meme dans une region en contact permanent avec la Capi-tale, a s'organiser lui-meme. Enfin, il sernble bien que dans le cas precis d'Eloka-te, et pour ne rien dire des autres, les agents du C.C.C.A. ont rencontre des difficultes avant de faire admettre leur projet.

II est assez facile d'imaginer les slogans avances pour convaincre les villageois a se grouper t l'obtention, par le versement d'un capital initial faible, de prets agricoles eleves 5

  • la vente des produits a des meilleurs prix, grace a la recuperation des marges beneficiaires prelevees par les "tradi-tionnels" 5

  • avantages divers fournis par le C.C.C .A. a la coo-perative : visites de techniciens, achat de produits manufactures ä des prix rnodiques, etc...

2, 1. 3* 4 LA MISSMCE DE LA COOPERATIVE D'ELOKA-TE

La cooperative d'Eloka-te fut la resultante de trois phe-nomenes : les efforts d'un agent du C.C.C.A. de Bingerville qui pro-posa aux villageois de se grouper en vue de certaines activites 5 l'inter§t de quelques villageois qui accepterent 1'idee 5 l'existen-ce ä proximite de modeles de cooperatives. La progression qui va des premieres tentatives des mem- "bres du C.C.C.A» ä 1'acceptation par une partie des villageois est longue,

Les premieres prises de contact remontent au debut de 1961 et ont ete l'oeuvre de M. Guy Kamna, alors Lirecteur par interim du C.C.C.A. de Bingerville. M5 Guy Kamna avait ete nomine agent de cooperation apres une annee de formation cooperative et c'est lui qui assiste de moniteurs, proceda a 1 1 installation de la cooperative d'Eloka-te"

Une premiere reunion d'information eut lieu en Fevrier. Le Ohef de village reunit les habitants. Ce ne fut pas un gros succes puisque les Ebrie se contenterent d'ecouter 1'informateur 5 personne ne voulut prendre la parole devant le chef du village. M. Guy Kamna raconte : "depuis ce jour ? je suis alle re-gulierement dans ce village, m§me les jours feries. Je me suis fait connaitre. Ainsi j'ai provoque des reunions avec les paysans. Le chef de village reunissait ses concitoyens mais ne participait pas a la reunion. Au cours de ces reunions, j'ai remarque quelques paysans plus interessants et plus intelligents...". Ses visites cesserent au mois de Juin 1961.

Le moment decisif fut, sans doute, celui de 1 1 acceptation

de M. Frangois Banho^de participer ä la cooperative. M. Danho est un homme jeune, dynamique, s'interessant aux affaires du village, pos-sedant une forte personnalite et qui plus est, catechiste (etudes faites ä Bingerville), done instruit, sachant lire et ecrire, et ca-pable de tenir une comptabilite simplifiee. Pourvu d'un ascendant reel sur les autres villageois, malgre son jeune äge (35 ans), M. Danho rallia a 1 1 idee cooperative un nombre süffisant de planteurs. Une reunion d'Octobre 1961 permit de compter 24 coopera-teurs possibles. Une delegation, forte de ce succes, se rendit au C.C.C.A. de Bingerville, chez le President M. Koffi. Cette delega-tion comprenait MM, Franqois Danho, Hilaire Akomian et Victor Akou. M. Pierre Koffi raconte comment, a ce moment, il les mit en garde contre le dangereux attrait du credit. Mais les villageois 1'avaient rassure, mettant l 1 accent sur leur volonte de travailler ensemble, de s'unir en vue d'entreprises nouvelles. II fut decide ä ce moment de vendre le cacao en commun et de creer un petit fonds de commerce destine a 1'approvisionnement des cooperateurs. Au retour, la dele-gation s'adjoignit 36 nouveaux membres.

49 -

II ne faut pas sous-estimer 1'importance de 1*emulation dans cette decision. A l'epoque, de nombreux villages voisins, sous l'action du C.C.C.A. avaient decide d'opter pour la cooperation. Parmi eux, citons Abobo-te et Eloka-to. II est vraisemblable que les habitants d'Eloka-te, surveillant les activites de leurs voisins, ont craint de rester en retard s'ils n'avaient pas, eux aussi, leur coo-perative.

La cooperative fut officiellement constituee le 4 Octobre 1961 et immatriculee sous le numero 10.1033. II est difficile d'af-firmer que les planteurs d'Eloka possedent un goütprononce pour les formalites de quelque sorte que ce soit.

Pourtant, un certain nombre de conditions avait du Ötre respecte :

  1. Reunion de l'Assemblee Generale constitutive dont le proces4verbal avait ete signe par le President et le secretaire. 2) Depot des Statuts, chaque page etant paraphee et la derniere portant les signatures completes des membres du Conseil d'Administration.

  1. Liste des membres fondateurs, signee du President et du secretaire.

  1. Liste des membres du Conseil d'Administration avec leur adresse respective, signee du President et du secretaire.

  1. Liste complete des adherents avec, en regard, leurs parts sociales souscrites ou liberees. 6) Delegation de pouvoir au President ou au gerant. 7) Bequ du depot de fonds attestant la sincerite des versements des parts sociales, soit du greffe, soit du notaire, soit du credit de la Cote d !

Ivoire, soit d'un organisme agree.

Toutes ces pieces devaient etre remises ä la Cooperation et Mutualite Agricoles.

A/ Les Statuts

Plus que le consensus des villageois, c'est le depot des Statuts qui marque les debuts de la cooperative. Malheureusement, et malgre l 1 existence d'un secretaire permanent, il ne nous a pas ete possible de retrouver le texte a Eloka. Kos recherches ä la sous4 prefecture ont ete egalement vaines. II faut croire que 1'original ayant ete depose au C.C.C.A., l'on a omis de faire une copie desti-nee aux villageois, ou que celle-ci fut perdue. Le C.C.C.A. dissout, les documents ont ete disperses a Abidjan. Cette disparition n'emp§che pas d'avoir une idee precise du contenu de ces Statuts car ils ont ete rediges d'apres un Statut-type v 'valable pour 1'ensemble du pays (cooperatives agricoles). II avait ete etabli un modele general de cooperative permettant de de-passer les differences geographiques, ethniques, economiques,etc... et adaptees a l 1

(1)

object if finaXsle developpement du monde agricole. Les grandes lignes sont les suivantes s L'objet est multiple : creer des plantations col-lectives, notamment de palmiers ä huile et de cacaoyers | assurer l'ecoulement des produits agricoles $ assurer 1 1 approvisionnement des

societaires en instruments et produits necessaires ä leurs exploita-tions, denrees et articles de consommation courante ° 9 favoriser l'uti

lisation en commun des machines.

(1) De mdme apres 1'elaboration du Statut General de la Cooperation, en 1955? avait-il ete etabli un statut-type qui devait servir de modele aux futures cooperatives.

Les societaires, au minimum 7* sont tenus de se reunir en Assembles Generale au moins une fois par an.

La cooperative est prevue pour une duree de 99 ans - L l Etat possede un privilege sur les parts sociales en cas d'avance.

B/ Le capital

La souscription fut faite sur la base de 2 000 F. la part La liberation des parts a ete entierement realisee. Le capital etant de 122 000 F., la somme de 100 000 F. fut placee en compte4courant ä la Caisse Nationale de Credit Agricole.

C/ Le conseil d*administration

II comprend un bureau forme d'un president : M. Franpois Danho 5 un vice-president : M. Jacques Boudio $ un secretaire s M. Lazare Kamon 5 un tresorier : M. Danho Awo, auxquels s'ajoutent MM. Abokan Koutouan, Tchimoumbi Awo ? Manmo Akoua, Hilaire Akanda. P/ Les societaires

En principe tenus de se reunir en Assemblee au moins une fois par an, et proprietaires chacun d'une part de 2 000 F., ils forment un groupe de 60 personnes (61 au depart, mais il y a eu un deces), dont les noms suivent :

Liste des cooperateurs

1 -

Digbe Ohoue 11 -

Danho Awo

2 -

Ohoue Mandou 12 - Awo Danho

3 -

Abou Koutouan 13 - Awo Danho Fr.

4 -

Koutouan Abou 14 -

Akou Victor

5 -

Nangui Gnoman 15 - Danho Aho Leon

6 -

Goman Adoli 16 -

Alliman Ahouman

7 -

Yapo Nogbou 17 -

Yayo Tanon

8 -

Yapo Emi 18 -

Yayo Adja

9 -

Yapo Agoua 19 -

Akomian Akandan

10 -

Ossei Nankou 20 -

Abiale Appia Agnan Abice 42 Able Aba

21 -

22 -

Danho Adobi 43 -

Abokan Koutouan

23 -

Adjobi Douho 44 -

Manmo Bede

24 -

Danho Afran 45 -

Manmo Akoua

25 -

Ake Assava 46 -

Able Assagou

26 -

Assagou Djama 47 -

Komnan Dompe

27 -

Assagou Adje 48 -

Komnan Adja

28 -

Boudio Jacques 49 ~

Moro Mangre

29 -

Yepri Aba 50 -

Odje Mobio

30 -

Banguy Tchimon 51 -

K. Djadji Donation

31 -

Adja Yayo 52 -

JTguessan Gnoman

32 - Tchimon Aho 53 -

Akre Badjo

33 -

Abe Mobio 54 Ake Djedji

34 -

Adja Akre 55 -

Kanmon Lazare

35 -

Ake Ahouman 56 -

Akre Danho

36 -

Abi Alike 57 -

Akohoure Able

37 -

Akre Adja 58 -

Beugre Akre

38 -

Yesso Beugre 59 -

Bonda Afran

39 -

Djoman Moro 60 -

Nkouyapo

40 -

Mandou Danho 61 ~

Oboue Arno

41 -

Danho Abi

  1. 1,4." LES CARACTERISTIQUES GEHERALES DE LA COOPERATIVE

L T etude des grandes lignes de la cooperative permet de la comparer ä d'autres formes qui existent dans le pays. 1) C'est une cooperative villageoise

C'est-ä-dire que ses membres sont tous issus du m§me vil-läge, ce qui lui assure une grande homogeneite et permet d'eviter certaines formes d'exploitation et de detournement. Par exemple, on a connu en Cote d'Ivoire, une cooperative de planteurs agni dont le President etait un commerqant d'Abidjan, lequel detournait les prdts ä son profit. Dans notre cas, les cooperateurs sont tous des Ebrie et, de plus, ils resident au village. Dans certaines regions, il avait ete cree des cooperatives de canton»4 Gagnoa et Oume en 1959 4 dont les membres appartenaient a des villages differents. Cet elar-gissement de la cooperative entraine la plupart du temps des dif-Ac

ficultes par suite des rivalites et la tendance ä la sous-structu-ration. II semble que le chiffre optimal se trouve entre 50 et 60 membres. La cooperative d'Eloka-te comprend 60 membres, ce qui, pour une population de 1900 habitants, donne un centre d'interet fa-milial d'environ un cinquieme.

Par le nombre de ses adherents et par les autres carac-teres presentes, la cooperative d'Eloka-te ressemble aux 800 autres groupements qui, ä partir de 1959? ont demande leur approbation comme cooperatives.

  1. C'est une cooperative agricole

Les membres de la cooperative se sont associes pour des activites essentiellement agricoles, bien que les Ebrie aient la re-putation d'etre un peuple de pecheurs. II est etabli que les coope-ratives de peche, nombreuses en bordure des lagunes, appartiennent ä des villages ebrie.

Pourquoi les habitants d'Eloka-te ont-ils constitue une cooperative agricole ? Les raisons sont multiples. La premiere est que 1'initiative de la cooperative leur a echappe et que les cooperatives de peche n'ont jamais etS organi-sees en Cote d'Ivoire d'apres un plan d ! ensemble. D'autre part, la pratique de la pdche ä Eloka-te connait une certaine desuetude. Et ceci, bien que 1'habitude de consommer le poisson soit tres forte. Nous avons deja examine ce point : la vian-de est rare, le betail inconnu, et le poisson pallie les carences alimentaires de 1'alimentation 5 la tradition fait des Ebrie un peu-pie de pecheurs. Mais les conditions historiques s'opposent ä cette situation s la creation d'Eloka-te a laisse le privilege des lieux de p§che a Eloka-to 5 de plus, les relations entre Eloka-te et Ebra ont fait de ce village aboure le fournisseur attitre des Ebrie en poisson. Si "bien qu 1 actuellement la pdche a Eloka-te - ä l'excep-

54 -

tion de quelques families -

est reduite ä la pecherie collective qui

revient periodiquement tous les deux ou trois ans. II arrive aussi que des agriculteurs, au retour des champs, aillent chercher dans la lagune de quoi ameliorer le menu. L 1 evolution economique elle-meme, caracterisee par l'essor des cultures industrielles, tend a faire de la peche une activite se-cordaire. De 1 1 enrichissement des planteurs de cafe et de cacao ä une certaine epoque, il est resulte un attrait supplementaire pour l'agri-culture en general et pour les cultures de rapport en particulier. Ainsi, la cooperative, dans ses activites de production-meme : cultures maraicheres destinees ä la vente, palmier a huile qui remplace le cafe et le cacao, de meme que dans ses activites de com-mercialisation : cafe, cacao et palmier a huile, vise moins l'alimen-tation de la fraction de la population organisee en cooperative (cha-que cooperateur continue a cultiver ses parcelles individuelles en vivriers) qu'ä ohtenir des rentrees d'argent dont la necessite gran-dit en fonction de la rarefaction des terres et des produits vivriers, le croit de la population, les hesoins nouveaux. Le prohleme des structures agraires vient confirmer cette tendance. II n'a pas ete possible de proceder au rassemhleraent des terres obtenues par heritage et de plus en plus morcellees. C'est pourquoi la cooperation ne touche pas les cultures vivrieres s igna-rnes, manioc, dont la production reste individuelle. II y a done deux secteurs paralleles : un secteur de produc-tion individuel important puisqu'il comprend les produits de base, et un secteur cooperatif rendu possible par l l existence d'un terrain com-munautaire et la raise ä la disposition de la cooperative de quelques espaces non cullives.

55 -

  1. La cooperative est integree dans Line organisation de type pyramidal L'importance de ce facteur est double.

Au niveau de la cooperative, il apparait que celle-ci n'est pas isolee. Les conditions d'alphabetisation et d 1 education coopera-tive ne sont pas süffisantes en C6te d'Ivoire pour permettre la crea-tion spontanee et 1'auto-developpement du mouvement cooperatif. II faut done compter sur une organisation de soutien, une structure dont le role sera d'assister les cooperatives de base. Cet aspect est connu : il est necessaire d'encadrer les cooperateurs et d'agir par les moyens de la vulgarisation agricole. De plus, les conditions eco-nomiques et sociologiques villageoises ne permettent pas ä des coo-peratives isolees d'intervenir directement sur le marche organise du cafe et du cacao. II est caracteristique de constater que le pro4 bleme de l'ecoulement de ces produits a ete regle au niveau de l'or-ganisme directeur de la cooperation, a Abidjan. En second lieu, la cooperation, envisagee comme technique de developpement au niveau du pays tout entier, n'est possible que si eile est generalisee et harmonisee. Ce qui se traduit par des re-lations etroites avec les institutions specialisees, notamment l'or-ganisme charge du Plan. Seule la participation permet une planifica-tion, e'est-a-dire une articulation des prises cooperatives ascen-dantes et des emprises descendantes.

Toutefois, la consequence logique de cette imbrication, est une certaine precarite de la cooperative. Liee ä 1'organisation dont elle est un element de base, 1'existence de la cooperative sera mise en jeu le jour ou l'organisme directeur (C.N.C.M.A.) connaltra des difficultes, pour des raisons eventuellement etrangeres ä la cooperation.

Cette fragilite s'explique par la nature de la coopera-tive. Toute cooperative de developpement issu d'un milieu tradition-nel et placee en face de problemes economiques nouveaux, est liee au sort des institutions auxquelles elle est rattachee.

C. N. C. M. A.

(Section autonome de commercialisation)

I-Structure

cooperative

C. C. C. A.

(centre de collecte)

Eloka-te

II -

Structure agricole

Services de 1'Agriculture

Eloka-te

La Caisse Nationale de Credit Agricole (C.N.C.A.) agit par 1'intermediaire du C.C.C.A. et du C.N.C.M.A. II n'y a pas eu de pret agricole a la cooperative d'Eloka-te.

  1. C'est une cooperative polyvalente

La multi-fonctionnalisation est souhaitable dans un pays ou l'economie est desequilibree (secteur oapitaliste - secteur tra-

ditionnel).

Les avantages sont nombreux % Le volume global des operations est plus important. En agriculture, le benefice tire de 1'association en vue d'une seule ac-tivite, saisonniere, est mediocre. Alors que l'objectif d'une coope-rative de developpement est grandiose.

4

4 Les frais generaux sont reduits. Les benefices portent le plus souvent, sur des sommes relativement faibles.

4

Les periodes creuses sont evitees. A une activite com4 mune en succede une autre« La force du lien social est plus grande. bans une pre-miere phase, il convient d'eduquer le monde rural. II faut attein4 dre les non4cooperateurs et resserrer les liens entre les coopera4 teurs.

4

4

Les garanties sont liees 4

le succes de l'une des bran-

ches permettra de combler le deficit d'une autre 4 La responsabilite

des cooperateurs est engagee solidairement. Toutes ces raisons ont determine les Autorites chargees de la cooperative a conseiller aux agriculteurs un modele de cooperati-ve ä activites multiples. Des le depart, la cooperative d'Eloka4te s'est dirigee vers les operations suivantes s l'ecoulement en commun du cacao,

  • la plantation en commun d'une palmeraie,

  • les cultures maraicheres,

~ un magasin de ravitaillement.

Avant de comme cer 1'etude des activites de la cooperative il n'est peut4etre pas inutile de dire quelques mots sur les metho4 des d'education cooperative et la procedure de reglement des conflits L 1 education cooperative 4

53 -

Elle devait etre realisee de plusieurs fa9ons s Le Centre de Formation Cooperative de Binger-ville formait chaque annee un certain nombre d r agents de cooperation.

Le C.C.C.A. mettait ä la disposition des coope-ratives son personnel.

  • Les techniciens et experts d'Abidjan visitaient les villages.

Une technique originale avait ete mise au point par un expert du B.I.T. II avait propose une methode d*education par cercles d l etudes. Les cooperateurs d'un village se reunissent en groupes de six ä dix membres. Chaque groupe choisit son chef et se reunit une fois par semaine. Une fois par mois,est tenue une assem-blee pleniere des cercles d'etudes. L'animateur charge de definir et d'expliquer le sens du programme etait le Directeur du C.C.C.A. Cette suggestion n ! a jamais ete realisee. Au debut de 1965? il subsistait ä Abidjan, un expert du B.I.T. et la Division des Structures et de 1 1 Enseignement Agricoles.

Les litiges - Legislation^ y et Statuts font obligation de proceder avant tout recours contentieux aux tribunaux, ä une tentative de concilia-tion. Cette tentative qui relevait anterieurement de la competence du Service d'Assistance technique aux cooperatives a ete devolue au Di-recteur du C.C.C.A.

(1)

Dans notre cas, deux litiges necessiterent, le premier 1'intervention du C.C.C.A. et du depute de Bingerville, le second celle du sous-prefet.

II s'agissait d'abord de regier le disaccord intervenu en-tre cooperateurs et non-cooperateurs d'Eloka-te a propos de la mise ä la disposition par le chef du village du terrain communautaire ä la cooperative.

(1) Article 24 du decret du 2 Fevrier 1955 portant Statut de la Coopd ration.

Dans la seconde affaire, des terrains appartenant aux coo-perateurs avaient ete expropries et remis a la Societe pour le Deve-loppemont du Palmier ä huile (SODEPAIM).

  • 60

      • LES ACTIVITES DE LA COOPERATIVE

      1. -- L 1 ECOULEMEKT ER COMMUN DU CACAO

Les cooperateurs d'Eloka-te ont elabore un premier program-me d'activite centre autour des operations d'ecoulement du cacao pro4 duit par chacun des societaires et livre en commun. Au depart, la ven-te des produits ne pose aucun probleme particulier. La cooperative qui possede une branche d'ecoulement du cacao est integree dans un Systeme ae ramifiant au Centre de öollecte local, puis Ala Section Autonome du C.N.C.M.A.

A/ La campagne 1961-1962

Elle marque la premiere vente en commun.

Les operations commencent au village ou le cacao est ras-semble et pese grace a une bascule empruntee au chef de village. Une liste fut dressee avec le nom des vendeurs et le poids de cacao four-ni.

Puis, le cacao est achemine par le "mille kilos" du GCCA jusqu'a Bingerville ou un agent de cooperation le repese. Envoye a Abidjan et vendu aux societes d'import-export par les soins de la Section Commerciale du C.N.C.M.A., le prix en est verse au CCCA qui le redistribue aux cooperateurs.

Des le 7-11-1961, une premiere livraison de 34 sacs est effectuee au CCCA de Bingerville. Les livraisons echelonnees jusqu'au 9 portent sur une quantite globale de 10 976 Kg. representant une valeur de 76Q 320 P., soit un prix moyen de 70 P. par kilo. A ce prix s'ajoutera une ristourne annuelle de fin d'exercice de 1F. par kilo, attribuee par la Section Autonome.

La campagne 1962-1963

Le la m§me fagon, le poids livre est de 13 738 Kg. pour une valeur de 961 661 F. Mais a la difference de l'exercice prece-dent, aucune ristourne n'est versee aux cooperatives. A partir de ce momentj le C.N.C.M.A. connaitra des difficultes qui vont amener sa disparition,

61 -

f Avant 19615 la vente se faisait individuellenient aux Dioula qui etaient les "intermediaires" entre planteurs et maisons de commerce,, Chaque planteur traitait directement avec l ,M interme-diaire", ce qui favorisait l'usure. Les Dioula, installes au villa-ge avec leurs femmes, avaient tendance a monopoliser les activites commerciales s commerce de detail (femmes), colportage (mercerie, "bonneterie) vers les autres villages, commercialisation du cola, du cafe et du cacao. Leur sedentarisation facilitait les operations de prets en periode de soudure et ä l l occasion des fetes. II s'ensui-vait,lors de l 1 achat des produits agricoles, une inegalite entre les partenaires a laquelle s'ajoutaient souvent des manoeuvres frau-duleuses : mauvaise information du prix reel, "balances truquees,etc.. Aussi, lorsqu'a partir de 1961 le CCCA se propose de rem-placer le Dioula dans sa fonction d'intermediaire et d'acheter la re-colte du producteur au tarif legal (prix nu-hascule Abidjan), cet organisme connait4il un vif succes. Les cooperateurs peuvent preten-dre a la ristourne de fin d'annee en complement du tarif legal au4 quel ont droit non seulement les cooperateurs, mais les simples usa4 gers qui desirent vendre leur production au CCCA. Tous beneficient du ramassage en camion et peuvent apporter individuellement leur recolte a Dingerville.

^ Ce Systeme disparait en 1963 en m© me temps que le CCCA. r -

Desormais, les planteurs ont recours aux Dioula et vendent leur re4 colte au fur et ä rnesure des besoins d 1

argent, sans attendre le lan-

cement officiel de la campagne (c'est-a4dire la fixation du prix le-gal), et quel que soit l'etat du produit. Le maintien de cours bas depuis plusieurs annees n'arrange pas la situation. La vente se fait au village meine, par entente directe avec le Dioula. Pourtant, 1'existence de la cooperative permet une autre solution. Le village se trouve ä proximite d'Abidjan. II est possible aux cooperateurs de passer un contrat de vente avec l'une des maisons de commerce. S'engageant a fournir une certaine quantite de cacao au moment de la traite, les cooperateurs reqoivent alors immediate-ment la moitie de 1'argent, ce qui leur permet de passer la soudure, 1'autre moitie etant donnee apres livraison du produit. La maison en question peut se charger de la collecte avec un camion. Cette so-lution, parfaitement realisable, fut envisagee un moment, puis aban-donnee. II semble que l'echec en soit imputable a la force d'inertie opposee par les cultivateurs.

62 -

On voit qu'en matiere de commercialisation, le role du CCCA etait de garantir aux producteurs (cooperateurs et non coope-rateurs) une meilleure remuneration de leur recolte en recuperant les marges prelevees par les intermediaires traditionnels. Les plan-teurs recevaient le prix legal. A cela s'ajoutait pour les coopera-teurs la possibility de toucher une ristourne en fin d'annee. Cette ristourne, proportionnee a 1'action cooperative personnelle de cha-que cooperateur, constituait un encouragement. Pour gagner les usagers ä la cooperation, le C.N.C.M.A. avait envisage de rernettre a chaque CCCA le montant des ristournes qui seraient revenues aux usagers s'ils avaient ete cooperateurs. II etait prevu que les CCCA ouvriraient un compte individuel ä cha-que usager et que ce compte servirait a liberer la participation au capital d'une cooperative le jour oü 1'usager deviendrait coopera-teur. En attendant ce jour, 1'usager aurait re§u une attestation de credit de parts sociales.

On n'a pas procede au regroupement des terres, ce qui au-rait permis d'etendre l'activite de la cooperative a la production. La production reste une affaire pers onnelle. Seul changement, les planteurs peuvent beneficier des conseils des agents de la coopera-tion et de certaines fournitures du CCCA : insecticide, sacs, etc... Mais le travail est individuel et les terres sont eparpillees, L'operation de regroupement etait difficile car eile se heurtait a des obstacles psychologiques importants s individualisme des J planteurs, attachement ä des parcelles reques en heritages, antago-nisme latent entre cooperateurs et non-cooperateurs. Le tableau suivant indique la superficie des cacaoyeres pour chaque cooperateur. (le nom a ete remplace par un numero). Pour 61 cooperateurs, la superficie totale des plantations atteint 195j71 ha., soit une moyenne de 3? 25 ha.

63 -

80,4$ des plantations sont inferieures ä 5 ba. 18$ " "

comprises entre 5 ef 10 ba.

1?6$ "

depassent 10 ha.

Cette indication sur la taille des plantations de cacao est precieuse. Si nous comparons ces resultats avec ceux de 1'"En- ( 1 )

quete Agricole du 1er secteur de la Cote d'lvoire, 1957-1958" ¥ ?

nous nous apercevons que la superficie moyenne totale d'une exploi-tation de cacao pour la strate VI (region de Bingerville) est a peu de chose pres celle que nous avons obtenue : 2,86 ha. L l "Enquete"

( 2) nous renseigne aussi sur 1'utilisation des terres^ '. La reparti-tion des terres non cultivables est de 20Jo, des terres cultivables (vivriers, cacao, cafe, concessions europeennes) de 29 fo et les ja-cheres de 51 f°» bes cultures vivrieres et industrielles sont eta-blies sur des terrains qui sont ensuite obligatoirement laisses au repos pour permettre a la jachere arbustive de los reconstituer. Si l'on adopte le rendement moyen propose de 213 Kg. de cacao par hectare, le revenu moyen par exploitant, le Kg. de cacao etant vendu 70 F., serait de 48 500 F. auquel s'ajoute la vente de la cola et des produits vivriers.

(1) Eepublique de Cote d'Ivoire, Ministere du Plan, Ministere de 1'Agriculture, 1959? p. 55» (2) p. 53.

Inventaire des plantations de cacao appartenant aux cooperateurs Superficie Superficie

en ha . en ha .

32 -

2,82

33 -

8

34 -

35 -

7,10

36 -

2,70

37 -

2,82

38 -

39 -

3,48

40 -

3,68

41 -

2,22

42 -

4,07

43 -

2,01

44 -

2,33

45 -

4,22

46 -

2,20

47 -

3,30

48- 1,45

49 -

2,28

50 ~

6,09

51 -

52 -

2

53 -

2,56

54 - 55 -

1

56 -

3,09

57 -

2

58 ~

59 - 60 -

4

3,38

61 -

1 -

6,27

2 -

1,09

3 -

3,95

4 -

0,97

5 -

7,10

6 -

0,75

7 -

8,94

8 -

5,40

9 -

2,60

10 -

3,99

11 -

4,80

12 -

0,75

13 -

0,75

14 -

15,45

15 -

5,35

16 -

2,06

17 -

3,95

18 -

1,20

19 -

6,10

20 -

3,96

21 -

0,99

22 -

3,10

23 -

7,07

24 -

2

25 -

9,99

26 -

2,15

27 -

1,85

28 -

1,91

29 -

1,22

30 - -

31 4 4

        • LA PLANTATION EN COMMON D'UIE PALMERAIE

II a fallu un concours de circonstances exceptionnel pour que la culture du palmier a huile devienne une des activites prin-cipales de la cooperative.

A/ La question du terrain

II est particulierement rare de trouver dans cette region un terrain qui ne soit ni mis en jachere ni plante. L 1 "Enquete agri-

cole du 1 0 secteur de la Cote d'Ivoire", indique qu'avec une densite demographique de 25 habitants/Km2 et un taux d'occupation du sol de 29^ (chiffres valahles pour les regions d'Attinguie, Bingerville et Altpt), il ne reste plus beaucoup de terres a defricher ä proximite des villages.

II y a quarante ans, la production du sol se faisait aux alentours immediate des cases du village. L'importance prise par le cafe et le cacao, ainsi que le role jout par 1'extension des cultu-res dans 1'augmentation du niveau de vie, ont oblige les paysans ä s'tcarter des villages.

La palmeraie, au lieu d'etre d'un seul tenant, aurait pu ttre constitute de morceaux mis bout a bout. Ce procede fut d'ail-leurs employe en savane pour la creation des champs collectifs de coton (nos observations ont porte sur la region de Boundiali), ce qui facilitait le travail de la societe (C.P.D.T.) chargee des soins et de la recolte. Mais ici le terrain est forme d'une seule piece, sans artifice, et s'etend sur une superficie de 104 hectares. _ comprise "entire 1'ancien~~domaine d'une plantation de cafe (S.P.A.O.) et la lagune ebrie. Cette terre appartient au village d'Eloka-te. Ainsi, les cooperateurs ne sont pas groupes uniquement en vue de la commercialisation d'un produit, mais aussi pour toutes les operations de culture.

On peut dtre etonne de 1'existence d'un terrain aussi vas-te, quand on sait que les terres d'abord distributes aux families font ensuite 1'objet de successions hertditaires, par morceaux. La nature de ce terrain fait qu'il tchappe au sort commun. II s'agit d'un terrain communautaire, appartenant au village tout entier et

qui ne peut faire l'objet d'appropriations privees. II est en partie utilise par les villageois, encore que la plus grosse partie demeure en friche. Les villageois peuvent y faire des cultures, raais ils sont astreints au respect de certaines conditions : la premiere consiste ä 1 1 interdiction d'y planter des produits autres que les vivriers courants s mais, manioc, igname. Ceci afin sans doute de conserver au terrain communautaire sa destination de reserve du village. En ef-fet, la culture de produits industriels demande une utilisation de plusieurs annees, ce qui, ä long terme, debouche sur une appropria-tion privee. D'autre part, 1 1

eloignement du village (environ 10 Kms.)

le rendait peu utilisable pour les habitants. CI1 existe done un terrain qui va pouvoir etre utilise par les cooperateurs pour la culture du palmier. B/ La diversification des cultures

A partir de 1959? le Gouvernement ivoirien se montre sou-cieux d'ameliorer l'economie du pays et d'assurer de nouveaux reve-nus aux paysans qui se plaignent de 1 1 instability des cours du cafe et du cacao. Les efforts vont porter sur 1 1 introduction de produits nouveaux susceptibles de se substituer aux produits agricoles qui se deprecient. La tentative a lieu en Basse Cote pour des raisons mul-tiples : presence de reservoirs humains, possibility d'installer des usines de transformation, reseau dense de communication, sols favo-rabies.

Deux cultures l'emportent : l'hevea et le palmier ä huile, anciennement connus en C6te d 1 Ivoire comme en font foi les rapports A 1) (2) sur l'Indenie v 'et l'ouvrage de H. Laboured 'qui voit dans la haus-se subite du prix des oleagineux la raison profonde de "l'ere de prosperity inouie" des annees 1920. Leur reepparition se situe sur une vaste (Schelle $ ce sont des produits d 1 exportation.

Cette nouvelle politique economique se traduit par un pro-jet de creation de "32.000 hectares" de palmiers a huile, dont la rea-lisation est confiee a une societe d'Etat, la SODEPALM.

(1) cf. Cheruy, monographie de l'Indenie, 1911. (2) H.Labouret, Paysans d'Afrique Occidentale, Gallimard, 1941? p.249«

67 ~

O/ Intervention de la cooperative

La realisation du programme de "32.000 hectares" de pal-miers comprend 1 1

amenagement de plusieurs "blocs dont l'un dans la region de Bingerville. Le terrain communautaire d'Eloka-te tomhe dans la zone en question et il est demande au chef de village de l'affecter a la plantation du palmier a huile. Le chef, qui craint de perdre le terrain, reunit les vil-lageois et leur demande de le planter. Les villageois lui opposent tout d'abord un refus pretextant que la culture du palmier est dif-ficile et qu'ils ont assez ä faire avec leurs propres champs. C'est alors qu'interviennent les cooperateurs. lis accep-tent de le planter. Les autres cultivateurs ne s'y opposent pas et il est m§me question d'une collaboration entre cooperateurs et non-cooperateurs. Mais tres vite ces derniers ahandonnent aux seuls coo-perateurs le soin de cultiver le palmier sur le terrain communau-taire.

Les travaux ont commence en Janvier 1962, apres qu'une analyse des sols ait ete faite par la Societe d'Assistance Technique pour la Modernisation Agricole de la Cote d'lvoire (S.A.T.M.A.C.I.). La premiere annee, il fut defriche 6,5 hectares de brousse. Les travaux se sont deroules de la faqon suivante : Octobre Fovembre Decembre

plants de ccmverture

pai liage sarolage

trouaisons

898 palmiers plantes engrais rabattage

grillages

II fut utilise 275 Kg. de sulfate en 1962. En 1963, on planta 3 340 palmiers sur 24 hectares - 850 Kg. d 1

engrais furent repandus.

En 1964? la superficie plantee fut de 15 hectares. Les principaux travaux ont ete l'oeuvre des cooperateurs s abattage, tronqonnage, brulage, dessouchage, nettoyage, mise des plants de couverture ... Pour les questions techniques, ils requrent 1 1 aide de la S.A.T.M.A.C 3 I. et de la SODEPALM. La pepiniere, situee ä proximite et ombragee par un abri de feuilles de palmes, comptait 5 000 pieds en 1963. II est vrai qu'elle n'etait pas destinee au seul usage des cooperateurs d'Eloka. D/ Le bloc d'El oka

Dans le cadre du plan de "32.000 hectares", il etait pre-vu la creation d'un "bloc industriel appele ""bloc d'Eloka", qui de-vait totaliser 2 700 he tares de paliniers. La realisation a commence en 1962 avec 160 hectares 5 en 19&3 '

668 hectares | 1 964 : 665 hec-

tares...

Le bloc d'Eloka comprend deux parties 1 le bloc industriel, les plantations villageoises.

  1. le bloc_industriel

II repond a un desir t celui d'intensifier la culture du palmier a huile dont on attend des revenus importants. Des terres ont ete obtenues par expropriations et rachats. Eloka-te, pour sa part, a dü ceder 130,77 hectares et Eloka4to 23 hectares. En contre-partie, il etait offert 50 hectares de palmiers plantes pour les deux villages. Mais ci Eloka-to montrait sa volonte d'accepter, il n'en etait pas de meme pour Eloka4te qui demandait le remboursement sur la base reglementaire de : 250 P. le pied de cacao et de cafe, 3 500 P. le colatier, 350 P. l'avocatier, 350 F. 1'oranger, 150 P. le citronnier et 500 P. le cocotier. Or, les terres, bien que cadastrees, n'avaient pu etre estimees avant d'etre preparees. Le Statut des travailleurs

II convient de distinguer deux phases,

a) la periode de plantation.

Cette periode est caracterisee par un large em-ploi de la main-d'oeuvre etrangere venue travailler en Cote d'Ivoire (migrants). 99^ des travailleurs sont d'origine etrangere : voltai-ques pour la plupart (Mossi, Bobo). En tout 925 travailleurs qui re-qoivent un salaire journalier :

156 P. pour la premiere categorie (un tiers) 210 P. pour la seconde categorie (deux tiers) Le passage en seconde categorie se fait apres un an de se 3 our,

b) la periode d'exploitation.

C'est celle oü intervient le paysan ivoirien. Sa mentalite (appel a la main-d'oeuvre salariee, difficulty ä s'adap ter) ne permettait pas de 1'employer sur le bloc industriel lors de r^Xa premiere phase. II'^Slr-prrevtr^u'ime fois la TTlanfaTion faite, la terre sera redistribute aux paysans sur la base de 4 hectares par personne.C^Dans cette %pothesej_l£__paysan n'est pas proprietaire du sol, mais seulement un usufruitier.JTopit^fois, les enfants peuvent heriter de leur pere si le cahier des charges est rempli. On voit le cas qui a ete fait de la notion de propriete dans un pays afri-cain.

Inspire ä une epoque oü le mouvement cooperatif connais-sait un vif succes, ^.. programme permettait logiquement de debou-eher sur la cooperation 5 en effet, parmi les travailleurs du bloc industriel, une selection etait prevue, au profit des meilleurs, qui devenaient des cooperateurs. Et comme des usines devaient ttre construites sur chaque bloc afin de transformer sur place le pro-duit, il etait question d'accorder ä cette elite rurale une parti-cipation a la gestion des usines.

En resume, la creation de ces blocs industriels debou-che sur deux idees : la premiere, qui semble abandonnee, tend a faire du paysan un cooperateur ; la deuxieme redistribue les ter-"1 res plantees de palmiers aux paysans, a charge pour eux de conti-nuer.

  1. Les_ plantations^villageoises

Pour generaliser la culture du palmier, il avait ete decide, au cours-mgme de la premiere phase, d'etendre les planta-tions aux -villages. Les villageois prenaient la direction de leurs plantations soit individuelles, soit collectives (cooperatives). La SODEPALM avanqait les engrais, le grillage, les plants et le rem-boursement devait avoir lieu au moment de la recolte.

C'est dans oe oadre que se situe la palraeraie collective d'Eloka4te. En palmeraie selectionnee, les plants fournissent au t>out de quatre ans. Eloka4te devait done rapporter ä partir de 1966. Le risque est que la SODEPAIM, dans ses rapports avec les villageois, se comporte de la meme faqon qu'avec les ouvriers agricoles du bloc et qu'elle considere les cooperateurs individuel4 lement et non collectivement. C'est ce qui se passe avec les poin4 tages auxquels sont soumis les cooperateurs les mercredi et vendre-di, jours consacres au travail sur la palmeraie. II y a de fortes chances, dans ces conditions, pour qu'au moment de la recolte, la repartition du revenu se fasse selon le m§me principe, c'est4a4 dire au prorata des journees de travail fournies par chacun, cha-que cooperateur recevant individuellement le prix de sa participa-tion ä 1'effort collectif au lieu que la somme totale soit remise au president de la cooperative. Une telle pratique ne favorisera pas la naissance d'un esprit cooperatif dans les villages. Une usine, creee lors des premieres recoltes, aura pour but de traiter sur place la production du bloc et celle des planta-tions villageoises. Un cahier des charges permettra de veiller a ce que chacun apporte a son travail tous les soins necessaires. Des maintenant, les plantations villageoises font figure de parents pauvres. Elles ont tendance ä devenir les "oeuvres so-ciales" de la SODEPAIM.

71 -

Depenses d 1 investissements d'apres les estimations de 1'I.R.H.Q . (en Francs C.F.A.)

1°4 Depenses prises en charge par le plan s par ha » Encadrement et vehicules ....... 38 000

  • Main-d 1 oeuvre specialisee ............. 5 000

  • Creation de pistes de desserte 15 000

  • Fournitures de graines de couverture "" 17 000 Transport des plants 5 000

Total 80 000

2°~ Pret remboursable Fourniture des plants 28 000

  • Financement partiel main4d f oeuvre ..... 38 000 Total 66 000

3°~ Travaux en nature des cooperateurs Main4d'oeuvre de preparation du terrain. 6 000 - " " mise en place 8 000

  • " u d'entretien pendant

3 ans 1/2 30 000

Total 44 000 Estimation des depenses prevues d'inventissements, par hectare 190 000 F.

4

Evolution des productions et des recettes

Pour les productions mises en place l'annee 1, la recolte commence l'annee 4»

Annee : 5° 6° 7° 8° 9° 10°

Production/ha s 2,4 T 4 T 6,2 T 8 T 9,5 T 11T Repettes sur la "base

de 4,20 le kilo 10 000 16 800 26 000 33 600 40 000 46 200 Versement au producteur s

3 P. soit 4>20 F. moins

1,20 F. de retenues 7 100 12 000 18 600 24 000 28 500 33 000 Achat d'engrais 4 000 7 000 7 000 7 000 7 000 7 000 Solde : 3 100 5 000 11 600 14 000 21 500 26 000 remunerant le travail

pour 40 j 50 j 55 J 60 j 60 j 65 j

soit une remuneration

journaliere de 78 F 100 F 210 F 232 F 360 F 400 F

  1. 2 . 3. LES CULTURES MARAICHERES M COMMON

Un projet de creer des cultures maralcheres a Eloka-te nierite d'etre signale. A l'origine, deux experts de la F.A.O. de passage ä Abidjan, qui y avaient vu le double interet suivant i creer une nouvelle source de revenus aux cooperateurs, -amelio-rer la consommation en diversifiant les produits. II faut dire que les marches de Bingerville et d'Abidjan offrent une Variete assez etendue de legumes, encore que tous ne soient pas des produits locaux et ,que ceux qui font l'objet d'im-portations soient d'une qualite superieure. Le 27 Aodt 19^2j 1'experience commence par une reunion des cooperateurs d'Eloka-te et des agents du C.C.C«A. II est decide de creer un jardin de legumes comprenant des salades, choux, radis 5 carottesj melons ? concomhres, et surtout des haricots verts. II s'agit d'une innovation importante pour les cooperateurs qui ? en quality d'agriculteurs, ignoraient ces cultures. Le choix du ter-rain porte sur un espace pres d'un marigot permanent, mis ä la dis-position de la cooperative par un particulier. Apres dessouchage et nivelage, le jardin est divise en dix planches de 10 m sur 1,25 m, et par la suite, il est etendu a vingt planches mises sous abri de feuilles et separees par un reseau sommaire de drainage des eaux. En 1963 9 il y a vingt-cinq planches, toutes repiquees en legumes. L'entretien consiste en arrosage, desherbage et binage. La valeur de la production atteint 10 000 F. pour trois mois. Le quart de la production est vendu au College de Bingerville et les trois autres quarts au marche d'Abidjan.

4

Mais, en 1964? il ne subsiste rien de cette tentative. Le terrain a ete absorbe par la SODEPALM ainsi que des champs de vi-vriers et des cacaoyeres. Et surtout, il apparait que la cause prin-cipale de l'echec reside dans une meconnaissance profonde de la psy-chologie et des habitudes des paysans ebrie. Subsequemment inter-vient un facteur economique.

Les experts etaient assures du succes oar ils fondaient leur pro jet sur 1'alternative suivante : ou les produits recoltes sont vendus, et dans oe cas il ressort un gain appreciable 5 ou ils sont consommes sur place et alors les legumes introduits con-tribuent ä ameliorer la ration alimentaire. Les quantites n'e-taient pas assez grandes pour que l'on puisse envisager a la fois une action dans les deux sens. II semble d'ailleurs, et pour cet-te inSme raison,, qu'il faille exclure la seconde hypothese car les cooperateurs ont generalement a leur charge une "famille" nombreu-se et il n'est pas possible de separer de cette auto-consommation tous les allies, amis et obliges qui n'auraient pas manque de mon-trer leur interet devant un surplus alimentaire. Rien ne prouve d r ailleurs que les Ebrie aient accepte de changer leur habitudes ! Plus vraisemblablement, ils ont vu 1'occasion de nouveaux revenus, d'autant plus que la frequentation des marches leur a montre que ces produits pouvaient se vendre. Mais si en 1963 partie de la production fut ecoulee au College de Bingerville, il reste que le Probleme des debouches se pose dans toute sa gravite. Que le Colle ge de Bingerville refuse d'acheter aux cooperateurs ou bien qu*il ne soit pas en mesure d'absorber la totalite de la production et les cooperateurs seront obliges de vendre sur les marches de Bin-gerville et d'Abidjan« Or ces marches sont deja trop etroits. La clientele la plus interessee par les legumes est celle qui est for mee d'Europeens. D'autre part, le benefice est reduit par suite du transport. Le deplacement ne rapporte que si l'on est assure de vendre une grande quantite de denrees.

Enfin, la division du travail entre les sexes ne perraet pas aux hommes d'aller vendre directement sur les marches. II faut laisser ce soin aux femmes ou bien s'entendre sur place avec une marchande qui acceptera de prendre les produits pour les vendre elle-m§me. Chaque fois le gain realise par les cooperateurs est ampute. On voit ainsi toute la serie de problemes poses par une telle innovation.

75 -

Plus interessante sans doute aurait ete 1 1 intensification de la culture des vivriers traditionnels % manioc et igname, qui fournissent l'essentiel de 1 1 alimentation dans le village et chez une part importante de la population de basse-cote. A Eloka-te, 40$ des planteurs cultivent le manioc (30 ares en moyenne). Et presque tous les cooperateurs cultivent 1'igname (30 a 100 buttes chacun | deux d'entre eux possedent respectivement 1 000 et 2 000 "buttes). Mais on retrouve la difficulty precedente causee par 1'intervention des femmes. La culture de l'igname et du ma-nioc entraine la collaboration des sexes. Or, seuls les hommes font partie de la cooperative.

2, 2. 4» ~ L'ASSOCIATION ELEVAGE-CULTURES MiARAICHEEES

II a ete question, un moment, d'associer aux cultures maraicheres, un elevage de Lovins : par exemple une espece de n'dagma ou des croisements n'dagma-vaches anglo-saxonnes. Le "but etait de procurer ä 1'agriculture des engrais organiques et d'in-troduire 1'elevage dans la region. Le projet de lancer des cultures maraicheres ayant echoue, on abandonna 1'idee d'y associer du be-tail. On ne connait done pas la reaction des populations tournees traditionnellement vers la peche et 1'agriculture et qui ignorent tout de 1'elevage.

Sur le plan technique, il est possible, si 1'on en juge par les resultats obtenus sur la ferme d'Adiepodoume par M. Botton, d'associer heureusement la culture intensive des vivriers et l'ele-vage.

L'idee de familiariser les Ebrie avec 1'elevage a resur-gi recemment avec les plantations de palmiers a huile. L'organisa-tion des cultures (grillages, plants ecartes) et surtout l'utili-sation de plants de couverture permettent d'adapter un debut d'e-lavage. Mais 1'introduction du palmier est trop recente en 1964 pour que des essais soient tentes.

        • LE MAGASIN DE RAVITAILLEMMT

La creation d'un magasin de ravitaillement , plus simple ment une boutique, est decidee par les cooperateurs en Janvier 1962 ä 1'issue d'une Assemblee Extraordinaire, et apres que les agents du C.C.C.A. ont rnontre les avantages de cette realisation, entre (1

autres, 1'absence de patente / a payer, ce qui donne aux coopera-teurs un avantage sur les concurrents. L'originalite du magasin / cooperatif tient principalement dans le fait que ce sont des Ebrie qui gerent leur magasin. En principe, dans les villages ebrie, les rares boutiques, an-part-iennent- -a---de-s--~4.tg-a.KL.ge.ra^-_.qn ' Us sojent Diou-la ou Attie.

Ce sont les cooperateurs eux-memes qui ont construit la boutique, apres organisation en groupes de travail» Le 28 Janvier, les cooperateurs4oenuisiers mettent en place les comptoirs et les etagbres. Le 29, le President, en compagnie du Vice-President, se rend au C.C.C.A. pour demander un approvisionnement. Le Lirecteur, M, P.COFFI met ses camions ä leur disposition et les adresse a un detaillant libanais d'Abidjan. lis s'approvisionnent avec une som-me de 30 500 F., formee de 61 parts de 500 F» Le Jeudi 1or Fevrier, a lieu 1 1 inauguration. Une petite föte est organisee avec les agents de la Cooperation, pour celebrer la cooperative d'Eloka-te. Les cooperateurs assurent eux-memes les differents services de la boutique : approvisionnement, vente, comptabilite.

L'inventaire que nous avons effectue, indiquait s des produits d 1

alimentation, des objets de droguerie, mercerie

  • des fournitures scolaires,

  • du tabac, cigarettes, allumettes

Le magasin n'est pas tres fourni pour plusieurs raisons.

(1) cf. Statut general de la Cooperation, reproduisant J.O.C.I. 1932, p. 39.

  1. II est fortement concurrence par les magasins dioula et attie. Les autres "boutiques sont mieux fournies et mieux achalandees. Le magasin des cooperateurs est ouvert ä tout le monde. Mais il re§oit surtout la clientele formee par les cooperateurs et leurs families. Les autres villageois se fournissent plutot dans les boutiques appartenant ä des etrangers, qui sont d'implantation ancienne et offrent des produits plus varies, 2) L'approvisionnement rencontre des difficultes. II faut aller chercher la marchandise a Bingerville, le plus pro-che, ou ä Abidjan, oü les prix sont les plus bas. Par exemple, une cartouche de ving%4cinq paquets de cigarettes coütera 850 P, ä Bingerville, au lieu de 825 F. ä Abidjan. Seulement, il faut y ajouter le prix du transport s un füt de petrole coüte 5 900 F. (füt de 200 litres)5 1'acheminement depuis Abidjan revient ä 500 P. ou 600 P.

Autre difficulty t l'absence de camion appartenant a la cooperative. Du temps du CCCA, on pouvait demander ä cet organisme de se charger de 1'approvisionnement des cooperatives. Ayant ä s'occuper de plusieurs cooperatives, il lui etait facile de grou-per les achats et d'envoyer, par exemple, un camion une fois par mois h Abidjan. Mieux encore, au moment des recoltes, le camion descendait avec un chargement de produits agricoles destines ä la vente a Abidjan, et revenait avec les denrees necessaires aux dif-ferents magasins. Ceci n'est plus possible depuis 19^3. Le trans-port revient d'autant plus eher qu'il comprend le transport indivi-duel (le cooperateur charge de faire les achats au nom de la coo-perative) et le transport de la marchandise. De plus, 1'utilisation des moyens de transports collectifs entraine une fragmentation des marchandises ce qui se traduit par un accroissement du nombre des deplacements,

  1. La rotation du capital doit §tre rapide» On note que les prix de vente sont eleves. Les benefices sont de 1'ordre de 10 a 50$. Pourtant, il serait hatif de conclure que le secteur d'activite represents par le magasin assure ä la cooperative un en-richissement important. Au contraire, la rentabilite du magasin ne s'explique que par le montant des marges beneficiaires. Les raisons sont struoturelles : la clientele est limitee 5 les denrees corres-pondent a des besoins ncuveaux et 1'auto-consommation est encore tres developpee 5 les produits les plus courants comme ceux qui fournissent 1 1 alimentation de base : huile de palme, manioc, igna-me, bananes, poisson, viande, font 1'objet soit de troc, soit d ! achat entre particuliers, mais ils ne passent jamais par la bou-tique. M§me le pain n'est achete qu'occasionnellement a la coope-rative s une voiture d'une boulangerie de Bingerville passe quoti-diennement au village.

«*

J 8 ~